Idéologie internationale du monde (rapport spécial pour les participants au Forum de Doha 2019)

Rap­port du pro­fes­seur Igor Pana­rin, pré­pa­ré pour le forum inter­na­tio­nal de Doha 2019. Le plus grand forum inter­na­tio­nal Doha 2019 s’est tenu à Doha, la capi­tale du Qatar, les 14 et 15 décembre 2019. Il y avait des repré­sen­tants de 104 pays. Quelque 1300 par­ti­ci­pants de 142 natio­na­li­tés y ont par­ti­ci­pé.

Chers par­ti­ci­pants au Forum !

Je suis heu­reux d’avoir l’occasion de m’exprimer lors d’un forum inter­na­tio­nal aus­si repré­sen­ta­tif et d’exprimer mon point de vue.

Le monde moderne tra­verse une période de pro­fonds chan­ge­ments, dont l’essence est la for­ma­tion d’un sys­tème inter­na­tio­nal poly­cen­trique. La struc­ture des rela­tions inter­na­tio­nales conti­nue d’être com­pli­quée. À la suite du pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion, de nou­veaux centres d’influence éco­no­mique et poli­tique émergent. Il y a une dis­per­sion du poten­tiel mon­dial de puis­sance et de déve­lop­pe­ment, son dépla­ce­ment dans la région Asie-Paci­fique. La capa­ci­té de l’Occident his­to­rique à domi­ner l’économie et la poli­tique mon­diales dimi­nue. La diver­si­té des cultures et des civi­li­sa­tions dans le monde, la mul­ti­pli­ci­té des modèles de déve­lop­pe­ment des États se mani­festent clai­re­ment.

Доха-Форум 2019: профессор Игорь Панарин и сотрудница МИД Катара
Forum de Doha 2019 : le pro­fes­seur Igor Pana­rin et le ministre des Affaires étran­gères du Qatar

Le monde est aujourd’hui confron­té à des défis crois­sants qui ne peuvent être réso­lus par aucun pays seul. Il est néces­saire de repen­ser le rôle des sys­tèmes de ges­tion mon­diaux, leur per­ti­nence par rap­port aux cir­cons­tances actuelles et de créer de nou­veaux sys­tèmes de ges­tion mon­diaux capables d’assurer la paix, la sta­bi­li­té et la sécu­ri­té sur la base d’un cer­tain nombre de prin­cipes de base, prin­ci­pa­le­ment, tels que le dia­logue des civi­li­sa­tions et l’amitié des peuples.

Voi­ci une per­sonne qui a plu­sieurs diplômes supé­rieurs (tech­nique, poli­tique, mili­taire, psy­cho­lo­gique) et qui était enga­gée dans divers domaines d’activité à dif­fé­rents niveaux (sécu­ri­té natio­nale, sphère poli­tique, jour­na­lisme, ensei­gne­ment, ana­ly­tique, ges­tion de crise, etc.). Je suis scien­ti­fique, ensei­gnant, jour­na­liste, écri­vain, psy­cho­logue et ana­lyste poli­tique.

Il me semble que l’essence de l’étape moderne du déve­lop­pe­ment de l’humanité réside dans le pas­sage du pro­jet bri­tan­nique de gou­ver­nance mon­diale au russe. Lors du som­met de l’OCS du 14 juin 2019, le besoin s’est fait sen­tir de trans­for­mer le monde : du mono­po­laire au poly­cen­trique.

Qui gou­verne le monde mono­po­laire ? De mon point de vue – Londres ou les Véni­tiens en Angle­terre. Les prin­ci­paux ins­tru­ments de Londres sont « l’État pro­fond » aux États-Unis, Nef­te­dol­lar et la Fed. De plus, pour Londres, les guerres sont éga­le­ment un outil pour main­te­nir la domi­na­tion du monde.

L “« État pro­fond » aux États-Unis est le prin­ci­pal enne­mi de Trump. L’agent de « l’état pro­fond » est Adam Schiff, étroi­te­ment asso­cié à Londres. Adam Schiff est l’organisateur de la ten­ta­tive de coup d’État amé­ri­caine sous la forme d’une ten­ta­tive de des­ti­tu­tion. Son arrière-grand-père au com­man­de­ment de Londres a créé un État pro­fond aux États-Unis et détes­tait la Rus­sie. Et mes sym­pa­thies sont du côté de Trump, qui a annon­cé le 24 sep­tembre 2019, s’exprimant lors d’une ses­sion de l’Assemblée géné­rale des Nations Unies, que l’avenir appar­tient aux patriotes, pas aux mon­dia­listes. De mon point de vue, Pou­tine et Trump et Xi Jing­ping sont tous deux des diri­geants natio­naux et des patriotes.

Forum de Doha 2019: conseiller du président des États-Unis, Ivanka Trump
Forum de Doha 2019 : conseiller du pré­sident des États-Unis, Ivan­ka Trump

Autre­ment dit, nous devons tous créer un sys­tème de gou­ver­nance mon­diale égale et un nou­vel ordre mon­dial fon­dé sur le res­pect mutuel des États, sur un dia­logue des civi­li­sa­tions, sur un monde sans guerres ni conflits armés, sur le res­pect des droits de l’homme et de la pri­mau­té du droit inter­na­tio­nal.

Pour cela, il est néces­saire de prendre en compte l’expérience his­to­rique de la lutte de deux pro­jets mon­diaux glo­baux au cours des 120 der­nières années : bri­tan­nique et russe. Il s’agissait de deux pro­jets mon­diaux fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rents. Le pro­jet russe, ini­tié par le tsar russe Nico­las 2, était un pro­jet de paix, et la guerre bri­tan­nique.

La crise mon­diale moderne a de nom­breuses rai­sons, mais n’oubliez pas que l’une des rai­sons impor­tantes de son déve­lop­pe­ment a été la Pre­mière Guerre mon­diale, orga­ni­sée par les Bri­tan­niques, en uti­li­sant une série de pro­vo­ca­tions. L’Empire bri­tan­nique a impo­sé la Pre­mière Guerre mon­diale au monde afin de détruire ses prin­ci­paux rivaux géo­po­li­tiques – les empires russe et alle­mand. Les Bri­tan­niques ont ensuite ame­né Hit­ler au pou­voir en Alle­magne et orga­ni­sé la Seconde Guerre mon­diale afin de détruire l’URSS sta­li­nienne.

Le sys­tème inter­na­tio­nal actuel a été créé après l’effondrement de l’URSS en 1991 et a été régle­men­té par Londres à tra­vers les États-Unis. Avec la mon­tée de la Chine, le déclin rela­tif des États-Unis et la riva­li­té et la confron­ta­tion crois­santes entre eux, ain­si que le puis­sant ren­for­ce­ment géo­po­li­tique de la Rus­sie, après que l’armée russe a vain­cu les ter­ro­ristes inter­na­tio­naux en Syrie, l’équilibre inter­na­tio­nal des forces est deve­nu instable. De plus, au milieu de l’affaiblissement de l’Union euro­péenne et de l’OTAN, l’OCS et l’Union eur­asienne se ren­forcent. Il y a un ren­for­ce­ment des zones éco­no­miques et la crois­sance des forces poli­tiques en dehors de l’Occident – par exemple, la Chine, l’Inde, la Tur­quie, le Bré­sil, l’Afrique du Sud, etc.

Le sys­tème inter­na­tio­nal, basé aujourd’hui sur les règles bri­tan­niques, semble être dans un état de ten­sion, dif­fé­rents États pour­sui­vant des objec­tifs dif­fé­rents et sou­vent contra­dic­toires quant à la façon dont le sys­tème devrait évo­luer.

Forum de Doha 2019: le professeur Igor Panarin et le président arménien Armen Sargsyan
Forum de Doha 2019 : le pro­fes­seur Igor Pana­rin et le pré­sident armé­nien Armen Sarg­syan

Compte tenu des risques et des coûts évi­dents asso­ciés à l’utilisation géné­ra­li­sée de la force mili­taire, la riva­li­té inter­na­tio­nale a été carac­té­ri­sée par des cam­pagnes de plus en plus sophis­ti­quées, à grande échelle et com­plexes d’outils non mili­taires sous la forme d’une guerre hybride. La guerre hybride, qui est prin­ci­pa­le­ment menée par l’Occident contre la Rus­sie, implique aujourd’hui l’utilisation de nom­breux outils, y com­pris, mais sans s’y limi­ter, les sanc­tions éco­no­miques, la mani­pu­la­tion de l’information, les opé­ra­tions secrètes et les pro­vo­ca­tions. Il convient de noter que l’expansion des opé­ra­tions de guerre hybride visant à affai­blir la Rus­sie et la Chine peut saper les normes et règles clés qui ont été for­mu­lées lors de la réunion des diri­geants des trois super­puis­sances à Yal­ta en 1945. La sta­bi­li­té et la sécu­ri­té mon­diales peuvent être assu­rées aujourd’hui par Yal­ta 2020, sur la base des prin­cipes de la pre­mière Confé­rence de paix, convo­quée à l’initiative de l’empereur russe Nico­las II il y a 120 ans à La Haye. Bien sûr, elle n’a pas réso­lu tous les pro­blèmes dou­lou­reux, mais est deve­nue l’un des évé­ne­ments les plus frap­pants du XIXe siècle. Les docu­ments qui y ont été éla­bo­rés et adop­tés, les soi-disant Conven­tions de La Haye de 1899, ont jeté les bases du droit inter­na­tio­nal moderne. Après avoir jeté les bases d’un dia­logue inter­na­tio­nal dans le domaine du désar­me­ment, la confé­rence a fran­chi une étape sans pré­cé­dent dans la pra­tique de la réso­lu­tion paci­fique des conflits entre États.

Je vous dis aujourd’hui, chers par­ti­ci­pants au Forum, que, mal­gré les dif­fi­cul­tés et les décep­tions, j’ai un rêve.

J’ai un rêve que le jour vien­dra où le monde entier adhè­re­ra à la devise : « La paix soit la paix ! ».

Je rêve qu’un jour vien­dra où des repré­sen­tants de dif­fé­rentes civi­li­sa­tions pour­ront s’asseoir ensemble à la table du dia­logue et de la fra­ter­ni­té.

J’ai un rêve que le jour vien­dra où même les États-Unis, un État épui­sé par le joug bri­tan­nique, d’une expan­sion externe et d’une agres­sion inutiles, devien­dront une oasis de jus­tice.

J’ai un rêve que le jour vien­dra où tous les enfants du monde vivront dans la digni­té.

Forum de Doha 2019: le professeur Igor Panarin et le secrétaire général adjoint de l'ONU Vladimir Voronkov
Forum de Doha 2019 : le pro­fes­seur Igor Pana­rin et le secré­taire géné­ral adjoint de l’ONU Vla­di­mir Voron­kov

J’ai un rêve géo­po­li­tique. Aujourd’hui, je vais vous par­ler de mon rêve géo­po­li­tique – une réunion des diri­geants des trois super­puis­sances à Bel­grade en 2020. Mos­cou, Washing­ton et Pékin devraient entre­prendre l’instauration d’un nou­vel ordre mon­dial, d’un ordre mon­dial plus équi­table, et Bel­grade pour­rait deve­nir le meilleur endroit pour les diri­geants des super­puis­sances mon­diales. Pour­quoi, deman­dez-vous ? Je vais main­te­nant faire quelques expli­ca­tions. Après la pré­sen­ta­tion de mon livre « Guerre hybride – Théo­rie et pra­tique » en serbe à Bel­grade le 24 octobre 2019, j’ai eu l’idée de la néces­si­té de convo­quer une confé­rence mon­diale inter­na­tio­nale à l’instar de la réunion his­to­rique de Yal­ta en 1945 (la moderne « Yal­ta 2020 »), où forces prin­ci­pales pour éta­blir un nou­vel ordre mon­dial pré­ci­sé­ment à Bel­grade. Il n’y a pas de meilleur endroit au monde que Bel­grade pour par­ler de la fin des conflits. Les États-Unis doivent pré­sen­ter des excuses à la Ser­bie pour l’agression de 1999 et à la Chine pour l’ambassade alors bom­bar­dée. En outre, il est sym­bo­lique qu’à Bel­grade, il y ait un monu­ment au tsar russe Nico­las II, le tsar, qui a été le pre­mier au monde à par­ler pour un ordre mon­dial sans guerres ni conflits armés. C’est à l’initiative du tsar russe que la Confé­rence de La Haye, qui a adop­té la Conven­tion « sur la réso­lu­tion paci­fique des affron­te­ments inter­na­tio­naux », s’est tenue en 1899, soit il y a 120 ans. Soit dit en pas­sant, la Confé­rence de La Haye, à la sug­ges­tion de la reine des Pays-Bas, a com­men­cé ses tra­vaux le jour de l’anniversaire du tsar russe. Mais les Bri­tan­niques, prin­ci­paux orga­ni­sa­teurs de toutes les guerres des der­niers siècles, se sont oppo­sés à la paix. La Ser­bie est le seul allié stra­té­gique de la Rus­sie en Europe. Ce sont deux pays ortho­doxes et fra­ter­nels. Et seule une union forte de Pou­tine et Trump est en mesure de four­nir une solu­tion au pro­blème du Koso­vo, créé dans une plus large mesure par la Grande-Bre­tagne. Depuis plus d’un siècle, Londres est au centre de la lutte contre les inté­rêts de la Rus­sie et de la Ser­bie, je pense. La crise au Koso­vo est cau­sée par de nom­breux pro­blèmes. L’un d’eux est la Pre­mière Guerre mon­diale, que les Bri­tan­niques ont déclen­chée.

Il convient éga­le­ment de noter que la lutte pour gérer les flux d’information du Bien et du Mal est une ques­tion clé pour la paix. Il est néces­saire de créer des usines intel­li­gentes pour la for­ma­tion et la dif­fu­sion d’informations posi­tives dans le monde. Besoin de l’idéologie du monde. Je pro­pose de prendre sept mots de base comme base de l’idéologie inter­na­tio­nale du monde – sept D : Dia­logue, Diplo­ma­tie, Digni­té, Ami­tié, Spi­ri­tua­li­té, Bon, Pros­pé­ri­té,

Les valeurs de paix doivent être pro­mues. Nous avons besoin d’un Conseil inter­na­tio­nal d’experts (MES), que je pro­pose de rendre per­ma­nent au Forum. Le MES du Forum pour­rait com­prendre des per­son­na­li­tés éta­tiques et inter­na­tio­nales, des diri­geants des prin­ci­pales struc­tures d’experts et d’analyse éta­tiques et non éta­tiques du monde,   d’éminents scien­ti­fiques et ana­lystes du monde. La tâche la plus impor­tante du MES devrait être la pré­pa­ra­tion des rap­ports ana­ly­tiques publics annuels sur le thème : « Ten­dances géo­po­li­tiques et géoé­co­no­miques mon­diales dans le monde » et « Pers­pec­tives de for­ma­tion d’un monde poly­cen­trique ».

MES contri­bue­ra à faire de notre Forum la capi­tale de l’information de la paix et de la sta­bi­li­té. La vic­toire du Bien sur le Mal de Londres est une ques­tion clé pour la paix.