Igor Panarin : « La Russie a déjà les moyens de détruire les centres de décision de l’Occident »

Igor Panarin : « Nous pouvons déjà mettre en œuvre un autre cours stratégique dans notre politique étrangère. »
Un politologue de renom explique comment les forces de sécurité et les libéraux ont travaillé ensemble au Venezuela et pourquoi, en Europe, des milliers d’églises catholiques brûlent

business-gazeta.ru

Pos­sé­dant des « Posei­dons » et des « Dag­gers », la Fédé­ra­tion de Rus­sie peut se per­mettre de mettre en œuvre un cours stra­té­gique dif­fé­rent en poli­tique étran­gère, a décla­ré Igor Pana­rin, pro­fes­seur et res­pon­sable de l’association InfoS­pets­naz. Mer­kel n’était pas pres­sée de féli­ci­ter le nou­veau pré­sident ukrai­nien Zelens­ky, qui le sou­tient réel­le­ment, et de savoir si le modèle poli­tique kazakh est simi­laire à celui de l’Iran et de la Chine, a décla­ré Pana­rin dans une inter­view à BUSINESS Online.

 » Zelensky est un projet d’Israël et du lobby britannique des États-Unis »

- Igor Niko­laye­vich, pour­quoi le Krem­lin n’est-il pas pres­sé de recon­naître le pré­sident ukrai­nien nou­vel­le­ment élu, Vla­di­mir Zelens­ky ? Après tout, il ne semble pas être étran­ger à la Rus­sie : ori­gi­naire de la Haute Ligue de KVN

- Tout d’abord, Vla­di­mir Zelens­ky est un pro­jet com­mun de la Grande-Bre­tagne et d’Israël. Lais­sons de côté ses années Kawen – je parle d’aujourd’hui. Il faut se sou­ve­nir d’Israël, ne serait-ce que parce qu’un citoyen israé­lien et en même temps un oli­garque ukrai­nien Igor Kolo­mois­ky a joué un rôle clé dans l’élection de Zelens­ky et a finan­cé sa cam­pagne élec­to­rale. Quant à Londres, il a tra­vaillé sur le show­man via le lob­by amé­ri­cain bri­tan­nique. En fait, le pro­jet a été lan­cé il y a deux ans, lorsque les créa­teurs de la série télé­vi­sée « Le Ser­vi­teur du peuple » ont été convain­cus de sa popu­la­ri­té et ont déci­dé de com­men­cer à tour­ner la deuxième sai­son. L’image du modeste pro­fes­seur d’histoire Vasi­ly Golo­bo­rod­ko, inter­pré­té par Zelens­ky, a rapi­de­ment trou­vé son public.Mais peu de gens savent que la série a été spon­so­ri­sée par le lob­by bri­tan­nique des États-Unis dont j’ai par­lé et qu’elle appar­te­nait, pour­rait-on dire, à eux. Petro Poro­chen­ko de ce, bien sûr, savait et ten­tait de chan­ger la situa­tion, mais ne pou­vait rien faire. Au contraire, une autre tâche lui incom­bait clai­re­ment : au pre­mier tour de la récente élec­tion pré­si­den­tielle en Ukraine, cou­per (avec l’aide de fal­si­fi­ca­tions mas­sives et habiles) la par­ti­ci­pa­tion à la cam­pagne de Iou­lia Timo­chen­ko et ne pas nuire à Zelens­ky. Il l’a fait avec brio. Tous les Ukrai­niens qui se trouvent actuel­le­ment sur le ter­ri­toire russe (entre 2,5 et 4 mil­lions d’individus selon dif­fé­rentes sources), ain­si que ceux qui sont par­tis tra­vailler en Pologne, sont pri­vés du droit de vote – c’est envi­ron 1,5 mil­lion de citoyens.Sur un total de 7 mil­lions d’Ukrainiens qui sont désor­mais contraints de tra­vailler à l’étranger, moins de 1% ont pu par­ti­ci­per aux élec­tions. Par exemple : sur un mil­lion et demi en Pologne, envi­ron 25 000 élec­teurs sont arri­vés aux urnes. Cela a d’ailleurs été écrit par les Ukrai­niens eux-mêmes, qui tra­vaillent main­te­nant en Pologne. Le fait est que sur ma chaîne sur You­Tube et Face­book, l’Ukraine se situe au deuxième rang en termes de nombre d’abonnés. Ces per­sonnes ne sou­tiennent pas néces­sai­re­ment mes vues, mais elles entrent en cor­res­pon­dance avec moi, expriment leur consen­te­ment ou leur désac­cord. Ain­si, j’apprends d’eux beau­coup de curieux.

« Pour­quoi était-ce si dif­fi­cile que Iou­lia Timo­chen­ko, qui était très popu­laire en Ukraine, ait été écar­tée des élec­tions ?

- Parce que, évi­dem­ment, elle aurait faci­le­ment vain­cu ce comé­dien au second tour. Et avant que Poro­chen­ko ait défi­ni la tâche : ne pas lais­ser Iou­lia Vla­di­mi­rov­na ter­mi­ner la cam­pagne élec­to­rale. Pour sa part, l’oligarque au cho­co­lat espé­rait pro­ba­ble­ment encore un miracle, mais après la ren­contre de Zelens­ky avec Emma­nuel Macron, où l’équipe du show­man com­pre­nait des citoyens bri­tan­niques ( en par­ti­cu­lier Alexan­der Dani­lyuk, ancien ministre des Finances de a tou­jours la citoyen­ne­té anglaise, – ed. ), ces espoirs ont pro­ba­ble­ment dis­pa­ru. Je pense que les sujets de la reine anglaise et orga­ni­sé la célèbre ren­contre de Vla­di­mir Zelens­ky avec Macron, qui est consi­dé­ré comme un pro­té­gé de la Grande-Bre­tagne pour une bonne rai­son. Et lorsque Poro­chen­ko, à la suite de son rival, a pris l’avion pour Paris à des­ti­na­tion de Macron, il a appa­rem­ment été pré­sen­té à un ulti­ma­tum, qu’il ne pou­vait igno­rer. Par consé­quent, ses autres actions pré­ten­du­ment mal­adroites res­sem­blaient davan­tage à l’aide de Zelens­ky. Même le consul­tant poli­tique israé­lien, Moshe Klu­ghaft, que Petr Alek­see­vich avait enga­gé pour sau­ve­gar­der sa note, a tout mis en œuvre pour ren­for­cer la posi­tion de Zelens­ky et faire som­brer son « patron ».

Dans la région de Lviv, où, selon les résul­tats des élec­tions, Poro­chen­ko a gagné le plus grand nombre de par­ti­sans, les citoyens n’ont tout sim­ple­ment pas eu le temps de se restruc­tu­rer. Un grand jeu qui a été joué au niveau des capi­tales Kiev – Londres – Ber­liy – Washing­ton, très peu de gens ont com­pris ici. Le reste de l’Ukraine était prêt à accep­ter Zelens­ky comme pré­sident.

Владимир Зеленский
“Vla­di­mir Zelens­ky – un pro­jet com­mun de la Grande-Bre­tagne et d’Israël” Pho­to : © Strin­ger, RIA Novos­ti

C’est pour­quoi j’appelle Vla­di­mir Zelens­ky un pro­jet bri­tan­nique – ou plu­tôt un pro­jet du lob­by bri­tan­nique aux États-Unis. Au même moment, Donald Trump pre­nait une posi­tion neutre, bien que son équipe ait d’abord ten­té de ralen­tir Zelens­ky. Per­met­tez-moi de vous rap­pe­ler que le FBI a même ouvert une enquête contre Kolo­mois­ky, soup­çon­né de blan­chi­ment d’argent. La Haute Cour du Royaume-Uni a éga­le­ment annon­cé l’arrestation des actifs finan­ciers de Kolo­mois­ky et de son par­te­naire Bogo­lyu­bov pour plus de 2,5 mil­liards de dol­lars. Et le repré­sen­tant spé­cial amé­ri­cain pour l’Ukraine, Kurt Wal­ker, a éga­le­ment ouver­te­ment plai­dé en faveur de Poro­chen­ko. Mais ensuite, Trump, qui était trop occu­pé à inter­pré­ter les dif­fé­rentes dis­po­si­tions du rap­port du pro­cu­reur spé­cial Robert Mul­ler, a renon­cé à ce qui se pas­sait en Ukraine : Dieu soit avec eux, alors nous allons nous en sor­tir !

Quant aux pers­pec­tives des rela­tions entre la Rus­sie et Zelens­ky, elles peuvent être jugées au moins par une réac­tion immé­diate (après la fin des élec­tions) de notre prin­ci­pal enne­mi, l’Angleterre, et de son Pre­mier ministre, The­re­sa May, qui ont deman­dé à ce que le pré­sident ukrai­nien nou­vel­le­ment élu coopère « pour dis­sua­der Agres­sion russe. Les conser­va­teurs de Zelens­ky se sont immé­dia­te­ment pré­sen­tés. De mon point de vue, la Rus­sie a clai­re­ment sai­si cette confi­gu­ra­tion de forces et a adop­té le pro­fil bas qui convient, loin de l’enthousiasme, expri­mé par beau­coup à l’occasion de la vic­toire du comique. Sur­tout quand, à la veille, la Haute Cour de Londres a sou­dai­ne­ment reje­té l’action de Pri­vat­Bank contre Kolo­mois­ky, il est deve­nu extrê­me­ment clair pour beau­coup qu’il s’agissait d’une vic­toire à 100% pour Zelens­ky. Le Krem­lin l’a com­pris aus­si et a com­men­cé sa ligne active. Ce n’est pas un hasard si, trois jours avant le second tour, le 18 avril, par déci­sion du Pre­mier ministre Dmi­try Med­ve­dev, la Rus­sie a inter­dit l’interdiction de l’exportation de pétrole et de pro­duits pétro­liers vers l’Ukraine. Il est inté­res­sant de noter que l’interdiction entre­ra en vigueur le 1er juin 2019, c’est-à-dire au moment même où Vla­di­mir Zelens­ky pren­dra offi­ciel­le­ment ses fonc­tions de pré­sident ( selon des infor­ma­tions pré­li­mi­naires, cela devrait se pro­duire avant le 3 juin – mot du rédac­teur en chef ).

Bien sûr, nous les avons mis dans une situa­tion de pro­blèmes de temps assez ser­rés. La Rus­sie et avant cela four­ni à l’Ukraine n’est pas trop de pétrole, mais l’a prin­ci­pa­le­ment fait via la Bié­lo­rus­sie. Au lieu de cela, Minsk elle-même a effec­tué ces livrai­sons, s’est livrée à la réex­por­ta­tion et lui a rap­por­té des mil­liards de dol­lars.Cepen­dant, à la fin de 2018, nous avons for­te­ment réduit les appro­vi­sion­ne­ments en pétrole de la Bié­lo­rus­sie, ren­dant ain­si impos­sible la réex­por­ta­tion. En outre, deux raf­fi­ne­ries bié­lo­russes ont récem­ment entre­pris la recons­truc­tion et pro­duisent main­te­nant des pro­duits plu­sieurs fois moins que dans le mode pla­ni­fié. Bien enten­du, tout cela aura une inci­dence très grave sur la situa­tion éco­no­mique en Ukraine. Mais nous ne sommes pas les ins­ti­ga­teurs : après tout, à la veille, c’est Kiev qui a impo­sé les pro­chaines sanc­tions éco­no­miques à la Rus­sie, et nous leur avons sim­ple­ment répon­du. Notre nou­velle ligne est bien pen­sée et je veux croire qu’elle sera plus effi­cace que la tota­li­té de notre pré­cé­dent par­cours en Ukraine.

“Ange­la Mer­kel a féli­ci­té Zelens­ky beau­coup plus tard que les autres diri­geants euro­péens qui se sont pré­ci­pi­tés pour appe­ler le siège du vain­queur dimanche soir, le 21 avril” Pho­to : kremlin.ru

 Le spécialiste qui était auparavant responsable des relations avec l’Ossétie du Sud est devenu le conservateur du nouveau parcours vers l’Ukraine

- Je com­prends bien que l’arrivée de Zelens­ky au pou­voir éloigne auto­ma­ti­que­ment Ange­la Mer­kel des leviers d’influence sur Kiev. Et main­te­nant que ces leviers vont pas­ser entre les mains, rela­ti­ve­ment par­lant, de la reine anglaise ?Plus pré­ci­sé­ment, le conser­va­teur bri­tan­nique show­man ?

- Veuillez noter qu’Angela Mer­kel a féli­ci­té Zelens­ky beau­coup plus tard que les autres diri­geants euro­péens qui se sont pré­ci­pi­tés pour appe­ler le siège du vain­queur dimanche soir, le 21 avril. Et ensuite, son appel télé­pho­nique res­sem­blait plus à une féli­ci­ta­tion qu’à une conso­li­da­tion des accords pré­cé­dem­ment conclus : pour ain­si dire, elle a de nou­veau par­lé à Zelens­ky pour pour­suivre la coopé­ra­tion entre les deux pays. L’Allemagne avait clai­re­ment d’autres points de vue sur Kiev et l’alignement des forces qui s’y trou­vaient. Et Mer­kel s’est accro­chée à Poro­chen­ko jusqu’à la fin, le retrou­vant à Ber­lin après le pre­mier tour man­qué. Mais les Bri­tan­niques mettent faci­le­ment les Alle­mands en place. Cela donne à pen­ser que l’Allemagne n’est pas encore un pays libre, que les forces d’occupation de la Grande-Bre­tagne et des États-Unis sont tou­jours pré­sentes et que Ber­lin n’a pas voix au cha­pitre. La situa­tion avec Zelens­ky est à nou­veau démon­trée.

Il est évident que les Alle­mands eux-mêmes ne sont guère satis­faits du fait que leur pays reste de fac­to occu­pé et dépen­dant. Par consé­quent, des mou­ve­ments de libé­ra­tion s’affirment en Alle­magne. Dans ce contexte, l’union éco­no­mique de Mos­cou et de Ber­lin est notre base stra­té­gique impor­tante pour l’avenir.

- L’Allemagne a-t-elle assez de force pour se débar­ras­ser de l’influence exté­rieure ?

- Elle n’a pas assez de forces internes. Les Alle­mands ne peuvent qu’espérer la chute de Londres, qui se mène dans une impasse – ce n’est pas pour rien que les Bri­tan­niques repoussent sans cesse les condi­tions de leur Brexit. Par consé­quent, l’Ukraine devra désor­mais être très utile pour la Grande-Bre­tagne : si nous sup­po­sons que le futur ministre des Finances ukrai­nien, Alexan­der Dani­lyuk, était pré­sent à la réunion de Zelens­ky avec Macron, alors, en tant que citoyen, Londres ten­te­ra de tirer le maxi­mum de res­sources de la place par son inter­mé­diaire. C’est leur chance de sau­ver l’économie bri­tan­nique de l’effondrement.

Pour ce qui est de Mos­cou, la chute de Londres signi­fie pour nous la pos­si­bi­li­té de conclure une alliance solide entre l’Allemagne et la Rus­sie. Par consé­quent, il est dans notre inté­rêt d’accélérer l’effondrement de l’économie bri­tan­nique. Le Brexit y contri­bue déjà : l’Angleterre est dans une impasse totale, comme en témoigne le report per­ma­nent de la sor­tie de l’UE (la der­nière échéance a été annon­cée le 31 octobre 2019). Pour eux, toute étape future est mau­vaise.

En outre, si les « gilets jaunes » sont tou­jours obli­gés de démis­sion­ner d’Emmanuel Macron, ce sera un coup dur pour le Royaume-Uni.

« Ceux qui ont sui­vi le même che­min vers l’Ukraine au Krem­lin en Ukraine sont soit écar­tés, comme Oleg Govo­run (à gauche), soit empê­chés de prendre des déci­sions impor­tantes. » Pho­to : kremlin.ru

- Un peu plus de deux semaines avant les élec­tions en Ukraine, le Krem­lin a chan­gé de res­pon­sable clé de l’administration pré­si­den­tielle de la Fédé­ra­tion de Rus­sie en nom­mant Oleg Tatiov, cura­teur offi­cieux de toutes les ques­tions ukrai­niennes, à la place d’Oleg Govo­run. Qu’y a-t-il de curieux à pro­pos de ce châ­teau ?

- La Rus­sie a indi­qué sa posi­tion par rap­port à la cam­pagne élec­to­rale ukrai­nienne bien avant sa tenue – lorsqu’il est deve­nu clair que Kiev n’autoriserait pas les obser­va­teurs russes à par­ti­ci­per aux élec­tions et sup­pri­me­rait de la liste non seule­ment les habi­tants de Don­bass, mais éga­le­ment les élec­teurs qui y vivent. La rus­sie.Le porte-parole de Pou­tine, Dmi­tri Pes­kov, a décla­ré que Mos­cou retar­de­rait la recon­nais­sance de la légi­ti­mi­té des élec­tions ukrai­niennes. Presque à la même époque, dans le dépar­te­ment pla­cé sous le contrôle de Vla­di­slav Sur­kov, s’est dérou­lé le châ­teau que vous avez men­tion­né, ce qui sym­bo­li­sait éga­le­ment un chan­ge­ment de cap.

De manière géné­rale, le Krem­lin se moque de savoir qui est res­pon­sable de l’Ukraine : Zelens­ki, Poro­chen­ko ou Timo­chen­ko. La Rus­sie réa­lise ses inté­rêts natio­naux et fait ce qu’elle juge appro­priée. Il s’agit d’une nou­velle ten­dance stra­té­gique dans le com­por­te­ment de Mos­cou et la déli­vrance de pas­se­ports russes aux citoyens de la RDP et de la LPR reste dans son contexte. Ceux qui ont sui­vi le même che­min vers l’Ukraine au Krem­lin envers l’Ukraine sont soit écar­tés, comme Oleg Govo­run, soit empê­chés de prendre des déci­sions impor­tantes. Le groupe de déci­deurs est main­te­nant com­po­sé d’autres per­sonnes.

Notez que c’est bien Alexey Fila­tov qui a été nom­mé chez Govo­run, c’est-à-dire un expert qui était aupa­ra­vant char­gé de gérer les rela­tions entre la Rus­sie et l’Ossétie du Sud.

- Cela signi­fie que la cer­ti­fi­ca­tion de l’Ossétie du Sud – Ala­nie et son sta­tut de répu­blique indé­pen­dante, bien que par­tiel­le­ment recon­nue, pour­raient dif­fi­ci­le­ment y échap­per.

- J’ajouterai que la Fédé­ra­tion de Rus­sie a conclu un accord avec l’Ossétie du Sud sur l’intégration, la défense et la sécu­ri­té. Notre base mili­taire est située là-bas. Toutes ces ques­tions sont léga­le­ment débo­guées et per­fec­tion­nées là-bas. Voyons com­ment les évé­ne­ments vont évo­luer dans le sens ukrai­nien, mais appa­rem­ment, des déci­sions stra­té­giques ont déjà été prises par le Krem­lin. Y com­pris – en chan­geant de cap. Et sur­tout, ces déci­sions ont appa­rem­ment été prises avant le pre­mier tour des élec­tions pré­si­den­tielles en Ukraine. Même la démis­sion du locu­teur a eu lieu à l’avance.

« La can­di­da­ture de Tokayev à la pré­si­dence convient à la fois à la Rus­sie et à la Chine. Aupa­ra­vant, il était diplô­mé de MGIMO et étu­diant à l’Institut lin­guis­tique de Bei­jing. De telles per­sonnes sont rares non seule­ment au Kaza­khs­tan, mais ailleurs en géné­ral. ”Pho­to : kremlin.ru

- Pas­sons à un autre État de l’espace post-sovié­tique – au Kaza­khs­tan. Le tran­sit de puis­sance de Nazar­bayevs­ky doit-il être consi­dé­ré comme ter­mi­né ?

- Oui, tout est clair ici. Par­mi les can­di­dats aux élec­tions pré­si­den­tielles anti­ci­pées du 9 juin, le par­ti Nur-Otan, au pou­voir, pour­rait pré­sen­ter deux can­di­dats : l’actuel chef de l’Etat, Kasym-Zho­mart Tokayev, et Dari­ga Nazar­baye­va, la fille aînée d’Elbasy. Jusqu’à récem­ment, on pou­vait encore se deman­der si Tokayev était un per­son­nage tem­po­raire, inter­mé­diaire ou s’il se ver­rait confier les rênes du gou­ver­ne­ment. L’intrigue a été réso­lue le 23 avril, lorsque Nur­sul­tan Nazar­bayev lui-même a offi­ciel­le­ment nom­mé Tokayev à la pré­si­dence du Kaza­khs­tan. Je suis convain­cu que le 9 juin, Kasym-Zho­mart Keme­le­vich rem­por­te­ra la vic­toire et que la page sui­vante du tran­sit du pou­voir du Kaza­khs­tan sera retour­née.

Néan­moins, cela ne signi­fie pas que l’ère de Nazar­bayev au Kaza­khs­tan sera néces­sai­re­ment rem­pla­cée par celle de Tokayev. Après tout, Tokaev a déjà 65 ans et, avec le temps, un autre per­son­nage peut être pro­mu au rang de suc­ces­seur. Cepen­dant, main­te­nant, au Kaza­khs­tan, la poli­tique est deve­nue une clar­té, ne lais­sant aucune rai­son de dis­cor­dance. Si je com­prends bien, le modèle poli­tique kazakh est un com­pro­mis entre les modèles ira­nien et chi­nois, entre les styles de gou­ver­ne­ment de Deng Xiao­ping et celui de l’ayatollah Kho­mei­ny. À la veille du tran­sit du pou­voir, Nazar­bayev a rem­pla­cé le gou­ver­ne­ment, lais­sant le contrôle du conseil de sécu­ri­té de la répu­blique et des forces de sécu­ri­té. Quant à sa fille Dari­ga Nazar­baye­va, il l’a pla­cée au deuxième rang dans l’État, sous la pré­si­dence du pré­sident du Sénat du Par­le­ment. Il sem­ble­rait que la can­di­da­ture de Tokayev à la pré­si­dence convienne à la fois à la Rus­sie et à la Chine. Aupa­ra­vant, il était à la fois diplô­mé de MGIMO et étu­diant à l’Institut lin­guis­tique de Bei­jing. Ces per­sonnes sont rares non seule­ment au Kaza­khs­tan, mais éga­le­ment ailleurs.

 » Au cours des 10 dernières années en France, environ 2 000 églises catholiques ont été détruites »

- Pas­sons main­te­nant aux pays de l’Ouest : à qui pro­fi­te­rait de l’incendie de la cathé­drale Notre-Dame ? Ceux qui ont béné­fi­cié de cette tra­gé­die étaient-ils ?

- Emma­nuel Macron, comme je l’ai dit, est un pro­té­gé bri­tan­nique et quelqu’un espé­rait pro­ba­ble­ment qu’un incen­die à Notre-Dame de Paris l’aiderait à sur­vivre et à gar­der sa chaise. Le mou­ve­ment des « gilets » jaunes semble dire : « Oui, quels sont les ras­sem­ble­ments ici ! » Est-ce la France devant eux main­te­nant ? Nous devons ravi­ver la cathé­drale ! »Mais cela n’a pas fonc­tion­né : après l’incendie, deux autres mani­fes­ta­tions ont eu lieu et, le 27 avril, 23 600 Fran­çais ont par­ti­ci­pé à des ras­sem­ble­ments et à des marches à tra­vers le pays.

Une autre chose est que l’incendie de la cathé­drale peut être consi­dé­ré comme fai­sant par­tie d’une vaste cam­pagne anti­chré­tienne qui se pour­suit acti­ve­ment en France depuis 2010. L’année ne vient pas, de sorte que l’une ou l’autre des églises catho­liques du pays ne s’enflamme pas sou­dai­ne­ment ou ne soit pas détruite par ordre des auto­ri­tés fran­çaises. Les par­ti­sans de la démo­li­tion des temples se jus­ti­fient par le fait que l’État n’a pas d’argent pour leur entre­tien. Selon cer­taines sources, envi­ron 2 000 églises et cathé­drales catho­liques auraient ces­sé d’exister en France au cours des dix der­nières années. À l’été 2016, l’image la plus scan­da­leuse de l’église Sainte-Rita à Paris était fer­mée. Des forces spé­ciales ont fait irrup­tion dans le temple, qui devait être démo­li par des bull­do­zers, inter­rom­pant le ser­vice dans la cathé­drale et « éva­cuant » tous les parois­siens à l’extérieur. Et le prêtre a été lit­té­ra­le­ment traî­né, tiré de ses vête­ments à l’extérieur. On se rap­pel­le­ra peut-être aus­si que dès le mois de mars à Paris, l’église Saint-Sul­pice avait été incen­diée dans le 6ème arron­dis­se­ment, non loin du jar­din du Luxem­bourg – juste lors du concert d’orgue qui s’y était ren­du. L’église Saint-Jean, éga­le­ment située dans la capi­tale fran­çaise, a été incen­diée le 17 mars. La police a recon­nu qu’il s’agissait d’un incen­die cri­mi­nel et a mis le sus­pect sur une liste de per­sonnes recher­chées. Mais ils sont peu sus­cep­tibles d’être retrou­vés, car les incen­dies cri­mi­nels et la des­truc­tion des églises catho­liques sous Macron ont acquis un carac­tère sys­té­ma­tique, mais il n’a jamais été dit que les cou­pables étaient res­pon­sables de ce qui avait été com­mis. Les églises chré­tiennes de France sont pra­ti­que­ment sans défense : la police se réfère au manque de fonds qui les empêche de retrou­ver des cri­mi­nels. Mais dans le même temps, si quelque chose arrive aux syna­gogues ou aux cime­tières juifs, la police fran­çaise se plonge le nez contre terre et le CRIF ( Conseil des orga­ni­sa­tions juives de France - Ed. Envi­ron) fait des décla­ra­tions fâchées. En février 2019, Macron s’est per­son­nel­le­ment ren­du au cime­tière juif pro­fa­né d’Alsace et a deman­dé une enquête, bien que la pro­fa­na­tion des valeurs chré­tiennes n’ait pro­vo­qué aucune pro­tes­ta­tion des auto­ri­tés fran­çaises.

De toute évi­dence, l’incendie de la cathé­drale Notre-Dame s’inscrit dans le contexte de ce dont je parle. La ver­sion de la com­bus­tion spon­ta­née à Notre-Dame est une absur­di­té com­plète. Des infor­ma­tions nous ont déjà été trans­mises selon les­quelles tous les tra­vaux à l’intérieur de la cathé­drale avaient été arrê­tés une heure avant l’incendie, il n’y avait pas d’électricité sur l’échafaudage – aucune étin­celle ne pou­vait tra­ver­ser les câbles. Et les pom­piers ont été appe­lés seule­ment 23 minutes après le début de l’incendie, etc. Il est clair pour moi que ce qui s’est pas­sé était un incen­die volon­taire avec l’utilisation de pro­duits chi­miques spé­ciaux pour sti­mu­ler la flamme. Mais les auto­ri­tés fran­çaises couvrent cette opé­ra­tion de sabo­tage.

N’oublions pas qu’Emmanuel Macron est asso­cié à la plus grande loge maçon­nique « Grand Est de la France », dont il s’est ren­du dans le temple d’Arthur Grouse à Paris en juin 2016. La lutte contre le chris­tia­nisme est l’un des prin­ci­paux objec­tifs de la franc-maçon­ne­rie et, dans les tra­vaux de Macron, cet objec­tif se fait pério­di­que­ment sen­tir. Il est sym­bo­lique que pen­dant la Révo­lu­tion fran­çaise maçon­nique de 1789–1799, des sta­tues ont été aban­don­nées de la façade de Notre-Dame et Robes­pierre a pro­mis de démo­lir cette « for­te­resse de l’obscurantisme » en géné­ral. Oui, sous les arches de Notre-Dame de Paris en 1804, Napo­léon Bona­parte a cou­ron­né le royaume, mais le temple a ensuite été trans­for­mé en entre­pôt de vin et aban­don­né – jusqu’au célèbre roman de Vic­tor Hugo, qui a insuf­flé une nou­velle vie à un sanc­tuaire oublié. Notre Dame de Paris a été rame­née à l’état de chai de vin et sa res­tau­ra­tion néces­si­te­ra 10, voire 20 ans.

- Attaques ter­ro­ristes contre des églises chré­tiennes au Sri Lan­ka lors de la célé­bra­tion de la Pâques catho­lique – s’inscrit dans la même cam­pagne anti­chré­tienne (uni­que­ment à l’échelle mon­diale)? Et est-il per­mis de pen­ser que cette attaque a été per­pé­trée par le DAISH pra­ti­que­ment écra­sé ( nom arabe du groupe « ISIL » inter­dit en Fédé­ra­tion de Rus­sie – ndlr ) ?

- Je pense qu’il est inutile de rap­pe­ler à cet égard le DAISH inter­dit en Rus­sie. Offi­ciel­le­ment, les attaques au Sri Lan­ka sont une revanche pour la Nou­velle-Zélande (l” attaque ter­ro­riste dans les mos­quées de Christ­church a eu lieu le 15 mars 2019 – ed. ). En pas­sant, je lis de temps en temps le site des vété­rans de la com­mu­nau­té amé­ri­caine du ren­sei­gne­ment (il est dis­po­nible en ligne en anglais). Il y avait un paral­lèle entre le ter­ro­riste nor­vé­gien Anders Brei­vik et l’Australien Bren­ton Tar­rant, accu­sé d’avoir été tué en Nou­velle-Zélande. Mais un soli­taire ne pour­rait pas détruire autant de per­sonnes ! Le site des vété­rans du ren­sei­gne­ment amé­ri­cains contient des infor­ma­tions inté­res­santes selon les­quelles Brei­vik et Tar­rant avaient été déte­nus pen­dant neuf jours peu de temps avant les atten­tats, mais peu de temps avant les atten­tats. Donc, tout cela res­semble plus à une pro­vo­ca­tion dans le but de pous­ser deux reli­gions au front.

L’opération de sabo­tage au Sri Lan­ka s’est dérou­lée avec une clar­té dia­bo­lique. Les atten­tats de Bruxelles et de Paris 2015–2016, mal­gré toute leur ampleur, ne peuvent faire face à ce qui s’est pas­sé au Sri Lan­ka. Voi­ci l’écriture du groupe de sabo­tage. À la suite de la tra­gé­die, trois enfants du mil­liar­daire danois Anders Holk Poul­sen figu­raient par­mi les morts. C’est aus­si un détail élo­quent. Je vous rap­pelle que lorsque le Tita­nic a cou­lé le 15 avril 1912, il exis­tait éga­le­ment une hypo­thèse selon laquelle il était ques­tion d’éliminer les concur­rents de manière aus­si sophis­ti­quée : on savait que les oli­garques de l’époque étaient à bord du Tita­nic. Dans le cas du Sri Lan­ka, il est impos­sible d’exclure la pos­si­bi­li­té que, compte tenu de la nature anti­chré­tienne géné­rale de l’opération, celle-ci ait éga­le­ment été diri­gée contre des indi­vi­dus spé­ci­fiques.

Peu de gens écrivent aujourd’hui que le Sri Lan­ka est un pays socia­liste lié à la Rus­sie et à la Chine, inclus dans la route du com­merce de tran­sit chi­nois. Son pré­sident, Mai­tri­pa­la Siri­se­na, était dans sa jeu­nesse un membre du Par­ti com­mu­niste de Cey­lan et a conser­vé à ce jour ses convic­tions socia­listes. Dans son pays, il se bat avec un groupe de poli­ti­ciens libé­raux tra­di­tion­nel­le­ment sou­te­nus par Londres. Les explo­sions dans les églises et les hôtels sont éga­le­ment un coup dur pour le pré­sident en exer­cice de la répu­blique, et je n’exclue pas le sen­tier lon­do­nien lors de ces évé­ne­ments. Après tout, qu’est-ce que DAISH sous­crit aux atro­ci­tés du Sri Lan­ka ? Il s’agit d’un pro­jet de trois ser­vices de ren­sei­gne­ment : le MI-6 bri­tan­nique, la CIA amé­ri­caine et le Mos­sad israé­lien. Donc, en tout cas, l’écriture bri­tan­nique ne peut être exclue ici. Les ter­ro­ristes shtetl locaux ne sont pas sous la force. L’opération de sabo­tage au Sri Lan­ka com­pre­nait l’aspect géo­po­li­tique, l’aspect com­mer­cial, le mes­sage anti­chré­tien et le blo­cage du pro­jet chi­nois « One Belt, One Way » – le tout dans une seule bou­teille.

« Nous n’avions nulle part ailleurs, même en Syrie, l’expérience d’un travail aussi bien coordonné que celui du Venezuela.

- Le Vene­zue­la fait tou­jours rage : le 30 avril, une autre ten­ta­tive de coup d’État contre l’État menée par le soi-disant « pré­sident » Juan Guay­do a été faite ici. Dans l’intervalle, vous avez indi­qué dans vos vidéos sur You­Tube que la Rus­sie pou­vait attri­buer le Vene­zue­la à ses vic­toires. De plus, toutes les « tours du Krem­lin » étaient pré­sentes à la même époque : même le bloc libé­ral du gou­ver­ne­ment russe – et il s’est dis­tin­gué.

« Au moins jusqu’à récem­ment, les offi­ciels Cara­cas et le pré­sident véné­zué­lien Nico­las Madu­ro ont été en mesure de déte­nir le pou­voir dans le pays. » Bien sûr, pas sans le sou­tien de la Rus­sie. Une délé­ga­tion russe conduite par le vice-ministre des Finances, Ser­gueï Stor­chak, s’est ren­due à Cara­cas pour pro­po­ser des mesures visant à amé­lio­rer l’économie véné­zué­lienne. Bien enten­du, je met­trais au pre­mier plan Ros­neft et Igor Sechin en four­nis­sant une assis­tance au Vene­zue­la, mais sans la coor­di­na­tion avec le minis­tère des Finances, ils auraient échoué. Cette alliance s’est avé­rée par­ti­cu­liè­re­ment réus­sie et bien coor­don­née, à laquelle le minis­tère de la Défense de la Fédé­ra­tion de Rus­sie a direc­te­ment par­ti­ci­pé. En mars, un groupe de mili­taires russes diri­gés par l’ancien chef du prin­ci­pal dépar­te­ment de mobi­li­sa­tion orga­ni­sa­tion­nelle de l’état-major des forces armées russes, et à pré­sent le chef d’état-major des forces ter­restres, le colo­nel géné­ral Vasi­ly Tono­sh­ku­rov, a été conduit à Cara­cas à bord des avions An-124 et Il-62. Presque simul­ta­né­ment, nos spé­cia­listes en cyber et opé­ra­tions spé­ciales se sont ren­dus au Vene­zue­la pour ren­for­cer la défense du pays et repous­ser une éven­tuelle agres­sion mili­taire.

Ros­neft a éga­le­ment essayé : le bureau euro­péen de la com­pa­gnie pétro­lière natio­nale véné­zué­lienne PDVSA a été trans­fé­ré de Lis­bonne à Mos­cou. Mais dépla­cer le bureau repré­sente une moi­tié de la bataille, mais recons­truire les chaînes tech­no­lo­gique et finan­cière … Néan­moins, les spé­cia­listes russes en contact avec le Vene­zue­la ont réus­si à le faire.

Nos indus­triels devraient éga­le­ment être féli­ci­tés : nous avons rapi­de­ment rem­pla­cé les équi­pe­ments occi­den­taux des cen­trales hydro­élec­triques du Vene­zue­la par ceux de Rus­sie, et l’entreprise y tra­vaille régu­liè­re­ment. Les équi­pe­ments occi­den­taux ont été sou­mis au sabo­tage, comme l’a mon­tré l’accident de mars dans l’une des prin­ci­pales cen­trales hydro­élec­triques du Vene­zue­la, El Guri (l” élec­tri­ci­té a été cou­pée dans la capi­tale et dans 21 États sur 23 - ndlr ). Tout cela s’est pas­sé dans un mode opé­ra­tion­nel dif­fi­cile et même avec une menace pour la vie (il a été rap­por­té que des tireurs iso­lés avaient tiré sur des cen­trales hydro­élec­triques).

Je tiens à sou­li­gner que l’expérience d’un tra­vail d’équipe aus­si bien coor­don­né, comme l’a démon­tré notre équipe au Vene­zue­la (actions syn­chrones du minis­tère des Finances, du minis­tère de la Défense, du MIC, de Ros­neft, etc.), nous ne sommes allés nulle part ailleurs, même en Syrie. Dans le conflit syrien, notre minis­tère de la Défense, à pré­do­mi­nance pré­do­mi­nante, agis­sait ici et dans plu­sieurs dépar­te­ments et entre­prises russes à la fois. Je pense que cela peut être cor­ré­lé à la mise en œuvre du concept de guerre contre-hybride, pro­cla­mé par le chef de l’état-major des forces armées russes, Vale­ry Gera­si­mov, le 1er mars 2019. Per­met­tez-moi de vous rap­pe­ler que Frunze Embank­ment, à Mos­cou, abrite un centre natio­nal de ges­tion de la défense de la Fédé­ra­tion de Rus­sie. En ce sens, nous avons en fait créé sur le ter­ri­toire véné­zué­lien le centre de crise avan­cé de ce centre.

Bien enten­du, cette expé­rience ne garan­tit pas notre vic­toire finale. Si demain les navires amé­ri­cains com­mencent à tirer en masse sur le Vene­zue­la avec leurs mis­siles et leurs Toma­hawks, sur­vi­vront-ils à la défense aérienne ? Mais il est évident qu’au moins plu­sieurs ten­ta­tives de coup d’État à Cara­cas ont été neu­tra­li­sées par nous. La pre­mière ten­ta­tive, l’Anglo-israélienne, était asso­ciée à des pro­vo­ca­tions et des mani­fes­ta­tions le jour de l’inauguration de Nico­las Madu­ro au début de jan­vier 2019. L’imposteur aurait dû appa­raître après que l’inauguration ait été contre­car­rée. Néan­moins, cela n’est pas arri­vé, Madu­ro a pris ses fonc­tions et a décla­ré que le gou­ver­ne­ment qu’il diri­geait et lui-même « défen­dra à tout prix la sou­ve­rai­ne­té du pays ».

Cela a été sui­vi d’une nou­velle vague de ras­sem­ble­ments à grande échelle et de cou­pures de cou­rant mas­sives, mais nous avons éga­le­ment réus­si à la sup­pri­mer. L’ennemi a tou­jours la pos­si­bi­li­té d’une inter­ven­tion mili­taire, mais au Vene­zue­la, il existe des forces spé­ciales cubaines, nos experts mili­taires et nos experts mili­taires chi­nois. Une autre ques­tion est donc de savoir com­ment une ten­ta­tive d’intervention mili­taire pour les Amé­ri­cains peut se ter­mi­ner. Si vous frap­pez une paire de mis­siles sur des navires amé­ri­cains, toute cette inter­ven­tion se ter­mi­ne­ra pro­ba­ble­ment rapi­de­ment. Quoi qu’il en soit, il est clair que la lutte pour le Vene­zue­la va se pour­suivre, mais ce que nous avons déjà fait est un grand pas en avant tech­no­lo­gique.

- Et au Sou­dan, nous avons per­du avec le départ for­cé du pré­sident d’al-Bashir ?

- Ceci est la deuxième ligne de la guerre contre les hybrides. Le Sou­dan est une ancienne colo­nie bri­tan­nique. En consé­quence, les prin­ci­paux ins­ti­ga­teurs du conflit local sont encore l’Angleterre et Israël. Peu de temps avant son ren­ver­se­ment, le pré­sident sou­da­nais Omar al-Bashir a pro­po­sé à la Rus­sie de créer une base mili­taire dans son pays. Nous n’étions pas contre : ouvrir une telle base en mer Rouge serait une très bonne option. J’associe à cette cir­cons­tance la révo­lu­tion chro­ma­tique hâtive orga­ni­sée au Sou­dan.

Il y a un point très impor­tant, qui montre dans quelle alliance har­mo­nieuse la Grande-Bre­tagne et Israël appa­raissent sur la scène inter­na­tio­nale. Le même Israël a por­té au pou­voir l’actuel pré­sident bré­si­lien Zhaire Bol­so­nar, et deux oli­garques israé­liens ont finan­cé sa cam­pagne élec­to­rale (le pays pos­sède d’ailleurs la plus grande syna­gogue d’Amérique latine). Nous pou­vons dire que Bol­so­nar est le Zelens­ky local. Lorsqu’il s’est confor­mé à ses obli­ga­tions, le Bré­sil a com­men­cé à faire pres­sion sur le Vene­zue­la.

À peu près le même sché­ma a essayé de mettre en œuvre au Sou­dan. Des méthodes très simi­laires ont déjà été uti­li­sées au Vene­zue­la : en par­ti­cu­lier, le 7 avril, l’électricité a été cou­pée subi­te­ment dans tout le Sou­dan. Les masses, bien sûr, ont été scan­da­li­sées. En consé­quence, l’armée a pris le pou­voir, arrê­té le pré­sident mais refu­sé de l’extrader devant un tri­bu­nal inter­na­tio­nal. Il est donc pos­sible qu’au der­nier moment il y ait eu une inter­cep­tion du pou­voir et que nous n’ayons rien per­du au Sou­dan. Au contraire, nous avons acquis une nou­velle expé­rience en matière de limi­ta­tion des révo­lu­tions de cou­leur par des actions mili­taires pré­ven­tives. Bien que les infor­ma­tions à ce sujet ne sont pas beau­coup. Mais je pense que nous avons mené une opé­ra­tion pré­ven­tive réus­sie pour empê­cher le Sou­da­nais Zelens­ky de prendre le pou­voir, qui était déjà prêt dans ce pays.

Je le répète : il me semble que le Krem­lin est en train d’adopter une nou­velle poli­tique étran­gère qui sera plei­ne­ment fon­dée sur des consi­dé­ra­tions rela­tives à la sécu­ri­té natio­nale de la Rus­sie, et non sur autre chose. Ce cours peut encore être ajus­té en détail, mais en géné­ral il sera dif­fé­rent, contrai­re­ment aux années pré­cé­dentes.

« Main­te­nant, la Rus­sie a les moyens d’assurer la des­truc­tion de tous les prin­ci­paux centres de déci­sion de l’Occident. Par consé­quent, nous pou­vons déjà mettre en œuvre un autre cours stra­té­gique dans notre poli­tique étran­gère. ”Pho­to:“ BUSINESS Online ”

- Nous atten­dions un nou­veau par­cours du Krem­lin.

« Tout est expli­qué très sim­ple­ment : nous n’avions pas de zir­cons à notre dis­po­si­tion ( mis­sile de croi­sière hyper­so­nique anti-navire russe - ndlr). Et bien plus encore, nous avons dû manœu­vrer. Cepen­dant, le 23 avril, Vla­di­mir Pou­tine était per­son­nel­le­ment pré­sent lors du lan­ce­ment solen­nel des deux plus récents navires russes à Saint-Péters­bourg ( au Sever­naya Verf – ed. ). Et sur­tout, il a assis­té en direct au lan­ce­ment du plus récent et du plus grand sous-marin nucléaire Bel­go­rod au monde.Sa dif­fé­rence par rap­port aux autres sous-marins est qu’il devien­dra un trans­por­teur régu­lier d’un véhi­cule aérien sous-marin sans équi­page équi­pé d’une cen­trale nucléaire Poséi­don. C’est une autre réa­li­té géo­po­li­tique. Il est garan­ti que les « Posei­dons » détruisent Londres, New York, Washing­ton et d’autres villes de l’Ouest, situées dans la zone côtière. L’appareil (qui, à pro­pos, peut trans­por­ter une tête nucléaire) est capable de géné­rer une vague géante qui empor­te­ra tout sim­ple­ment Londres avec son élite trans­na­tio­nale, qui trompe la Rus­sie depuis plu­sieurs cen­taines d’années. Ain­si, ayant en ser­vice les « Zir­cons », les « Dag­gers » ( sys­tème de mis­sile d’aviation hyper­so­nique russe - ed.) Et les « Posei­dons », nous pou­vons déjà nous per­mettre de chan­ger la poli­tique étran­gère de l’Ukraine. Et j’espère que non seule­ment pour elle.

L’Occident a long­temps cru que Poséi­dons et Dag­gers était un bluff, mais il est main­te­nant convain­cu que c’était une réa­li­té. Ce n’est pas pour rien que Fio­na Hill, direc­trice du Conseil de sécu­ri­té natio­nale des États-Unis pour la Rus­sie et l’Eurasie, s’est ren­due à Mos­cou en secret. Elle est éga­le­ment l’auteur du livre bien connu « M. Pou­tine : un agent du Krem­lin », et on peut dire que la ligne anti-russe dans ses vues a tou­jours été retra­cée. Mais ses opi­nions sous la pres­sion changent, ain­si que celles de l’ancien secré­taire d’État amé­ri­cain George Schulz, de l’ancien secré­taire amé­ri­cain à la Défense William Per­ry et de l’ancien séna­teur amé­ri­cain Samuel Nunn, qui dans leur article paru dans le Wall Street Jour­nal appe­laient Trump à amé­lio­rer ses rela­tions avec la Rus­sie. « Pour sor­tir de cet abîme meur­trier, nous devons aller à la reprise de la coopé­ra­tion stra­té­gique avec la Rus­sie », écrivent les auteurs. Je vous rap­pelle qu’en 2014, à pro­pos de la situa­tion en Ukraine, les mêmes per­sonnes ont récla­mé des sanc­tions contre la Fédé­ra­tion de Rus­sie et la for­ma­tion de troupes. Main­te­nant, leurs appels semblent dia­mé­tra­le­ment oppo­sés. Mais cela ne signi­fie pas qu’ils ont vu la lumière. C’est juste que main­te­nant la Rus­sie dis­pose déjà de super-armes, il existe des moyens de garan­tir la des­truc­tion de tous les prin­ci­paux centres de déci­sion de l’Occident. Par consé­quent, nous pou­vons déjà mettre en œuvre un cours stra­té­gique dif­fé­rent dans notre poli­tique étran­gère.