Igor Panarin : « Que Dieu nous garde pour la guerre demain, mais notre armée est prête pour cela »

Un ana­lyste poli­tique bien connu sur la manière dont Pou­tine a été envoyé un « otvet­ku » pour le trône de l’empereur byzan­tin et ce qui se cache der­rière les « gilets jaunes » en France

BUSINESS en ligne

L’Angleterre désta­bi­lise le monde afin de per­tur­ber la mise en œuvre du pro­jet chi­nois « One Belt – One Way », qui vise à unir les mar­chés de la RPC, de la Fédé­ra­tion de Rus­sie et de l’Europe, a décla­ré Igor Pana­rin, pro­fes­seur et res­pon­sable de l’association InfoS­pec­naz. Le fait que le pré­sident de la France, Macron, relie les maçons et les Roth­schild, explique pour­quoi Pou­tine n’a per­sonne à qui s’adresser sauf le métro­po­lite Tikhon Shev­ku­nov, et si la Rus­sie peut apprendre à ne pas perdre face aux Bri­tan­niques, a décla­ré Pana­rin dans une inter­view à BUSINESS Online.

Igor Pana­rin pense que l’Angleterre désta­bi­lise le monde afin de per­tur­ber la mise en œuvre du pro­jet chi­nois « One Belt – One Way », qui vise à unir les mar­chés de la RPC, de la Fédé­ra­tion de Rus­sie et de l’Europe.

« La capitale française à vocation nationale a été transformée en veste jaune »

- Igor Niko­laye­vich, l’un des moments forts de la fin 2018 a été la révo­lu­tion des « gilets jaunes » en France.Cer­tains ont même com­men­cé à par­ler du déclin de la Ve Répu­blique et du début de la sixième. Qui, à votre avis, est la cible prin­ci­pale de cette révo­lu­tion et quelles forces la sou­tiennent ? Les mani­fes­ta­tions fran­çaises ont-elles des « rai­sons externes », comme on dit en Europe, impu­tant la faute aux Etats-Unis ou à la Rus­sie ?

- Je pense que les rai­sons des mani­fes­ta­tions fran­çaises sont prin­ci­pa­le­ment internes. Pour com­men­cer, en France, une scis­sion se pré­pare depuis long­temps. Rap­pe­lons-nous le célèbre roman « La mos­quée de Notre-Dame » d’Elena Chu­di­no­va, qui modé­li­sait cer­tains des scé­na­rios qui ont com­men­cé à se réa­li­ser plus tard dans le genre fan­tas­tique ( le roman a lieu en 2048, lorsque, selon l’auteur, l’Europe est com­plè­te­ment cap­tu­rée par des migrants musul­mans – NdR. ). En effet, le flux de réfu­giés d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, d’Africains et d’Arabes assié­geant le Vieux Monde, a atteint des pro­por­tions effroyables. C’était évident il y a 8 ou 10 ans – je me sou­viens de mon impres­sion de la « cou­leur » pari­sienne, alors que le pro­blème des migrants entrant en Europe sem­blait ne pas sem­bler aus­si aigu.

Pen­dant long­temps, les « gilets jaunes » n’ont for­mu­lé aucune exi­gence par­ti­cu­lière, même s’il était clair pour tout le monde que la simple aug­men­ta­tion des prix de l’essence ne pou­vait guère pro­vo­quer de troubles aus­si impor­tants.Enfin, 25 reven­di­ca­tions sont appa­rues en accès libre, que les pro­tes­tants adressent à leur gou­ver­ne­ment. Que voit-on ? Oui, de nom­breux impé­ra­tifs éco­no­miques sont liés aux salaires, aux pen­sions et aux impôts – jusqu’à l’appel à reti­rer les radars des routes en tant que « taxe voi­lée ». Mais les demandes poli­tiques sont fortes – par exemple, le retrait de la France de l’UE et de l’OTAN. Et cela nous aide à com­prendre la révo­lu­tion de 2018 et à l’intégrer dans le contexte géné­ral de l’histoire fran­çaise.

Rap­pe­lons que les émeutes de 1968 (le soi-disant « mai rouge » – ed. ) En France étaient une réponse aux actes du pré­sident de l’époque, Charles de Gaulle. En pas­sant, l’Union sovié­tique ne les a pas sou­te­nus et c’est tota­le­ment faux, comme je le crois. C’était une des erreurs stra­té­giques de l’URSS. Si cela n’avait pas été le cas, l’histoire aurait pu se dérou­ler dif­fé­rem­ment. Et au milieu des années 1960, de Gaulle a exi­gé le retour de l’or don­né aux États-Unis dans le cadre du plan Mar­shall en échange de ces « embal­lages de bon­bons verts », comme il appe­lait dol­lars. En fait, le pré­sident fran­çais a pro­po­sé d’abandonner l’utilisation du dol­lar dans les paie­ments inter­na­tio­naux et de reve­nir à l’étalon-or. « L’or ne change pas de nature : il peut être en barres, en barres, en pièces de mon­naie ; il n’a pas de natio­na­li­té, il a long­temps été accep­té par le monde entier comme une valeur constante », a alors décla­ré de Gaulle. Il a ain­si pous­sé le sys­tème de Bret­ton Woods à son pre­mier effon­dre­ment en 1971–1973.

Mais il y a eu un autre coup dur pour le chef fran­çais qui a frap­pé l’Amérique après la Seconde Guerre mon­diale. Peu de gens se sou­viennent main­te­nant que le siège de l’OTAN était aupa­ra­vant situé non pas à Bruxelles, mais à Paris.Quand j’étais à Paris, j’ai jeté un œil à ce bâti­ment (appe­lé palais de Chaillot, construit en 1937), situé non loin de l’ambassade de Rus­sie. Mais Charles de Gaulle a insis­té sur le fait qu’en 1967, le siège de l’Alliance de l’Atlantique Nord avait été trans­fé­ré de Chaillot à Bruxelles. Cela indi­quait que le pré­sident fran­çais avait com­men­cé un cours à orien­ta­tion natio­nale. Par consé­quent, les évé­ne­ments de 1968 avec l’enveloppe exté­rieure de la « révolte étu­diante » étaient en fait diri­gés per­son­nel­le­ment contre de Gaulle et contre le cours indé­pen­dant de la France.

Qu’est-ce qui se passe main­te­nant ? Mon point de vue sur les évé­ne­ments fran­çais modernes (bien que pas assez d’informations) est qu’ils sont dia­mé­tra­le­ment oppo­sés aux troubles de la 68ème année. L’opposé du point de vue du vec­teur : c’est une ten­ta­tive de reve­nir à de Gaulle et à la sou­ve­rai­ne­té natio­nale, l’État natio­nal, d’abandonner le cadre externe de l’UE et de l’OTAN, qui sont à nou­veau régis par les Anglo-Saxons. De plus, il y avait des infor­ma­tions selon les­quelles par­mi les « gilets jaunes » la demande pour Trump est en aug­men­ta­tion. À ce pro­pos, Donald Trump a lui-même écrit avec une cer­taine naï­ve­té sur son Twit­ter : « Ils scandent:« Nous avons besoin de Trump ! ». J’aime la France. Ils veulent de moi ! »Mais l’essentiel n’est pro­ba­ble­ment pas chez Trump lui-même, mais dans les modèles et sym­boles qui lui sont asso­ciés.

Ils parlent de l’organisation extra­or­di­naire des « gilets jaunes ». Je n’exclurais pas un fac­teur orga­ni­sa­tion­nel ici, bien sûr, mais en fran­çais. Per­met­tez-moi de vous rap­pe­ler qu’Emmanuel Macron est arri­vé à la pré­si­dence en 2017 presque de nulle part et qu’il était com­plè­te­ment pré­pa­ré à son rôle. C’est un pro­té­gé entiè­re­ment bri­tan­nique, pro­té­gé des ban­quiers lon­do­niens, des­ti­né au contrôle externe et à la France en perte de vitesse. Et il rem­plit cette mis­sion sans se repré­sen­ter per­son­nel­le­ment. Il y a envi­ron deux ans ( en juin 2016 – éd. ), Macron a par­ti­ci­pé ouver­te­ment à une réunion de la célèbre orga­ni­sa­tion maçon­nique « Grand Est de la France ». Cela a eu lieu dans le temple d’Arthur Grouse (ancien grand maître du « Grand Est de la France » – envi­ron Ed.). sur la rue Cade à Paris. Macron était alors tou­jours au rang de ministre de l’Économie et des Finances et a fait un rap­port aux frères maçon­niques sur le thème « La mon­dia­li­sa­tion est-elle syno­nyme de pro­grès ? ». J’ai d’ailleurs vu ce magni­fique manoir de Kade Street – magni­fique entou­rage … Mais que dit ce lien entre Macron et les maçons et les bri­tan­niques ? Le fait qu’il soit abso­lu­ment dépen­dant de la figure. Plus son carac­tère moral, son lien avec son propre garde du corps d’origine arabe, toutes sortes de scan­dales … Tout cela fait de l’actuel pro­prié­taire du Palais Ely­sian une figure de rejet par­mi la majo­ri­té de la popu­la­tion fran­çaise. Oui, avec l’aide de cer­taines chaînes tech­no­lo­giques, il a été aidé à accé­der au pou­voir, mais le sen­ti­ment de rejet de cet homme gran­dit dans le contexte de son épouse flé­trie, de ses arti­fices avec des gardes du corps, dans le contexte des orgies à l’Elysée, ce que le peuple voit, et dans le contexte de diverses per­sonnes non tra­di­tion­nelles. cou­rants qui ont connu un déve­lop­pe­ment rapide sous Macron. Dans le même temps, le niveau de vie des Fran­çais s’est for­te­ment dété­rio­ré et la lutte de la capi­tale fran­çaise à voca­tion natio­nale contre les Roth­schild, prin­ci­pa­le­ment avec les ban­quiers lon­do­niens, a com­men­cé. Cela s’exprimait, à mon sens, dans le mou­ve­ment des « gilets jaunes ». Ce n’est pas sim­ple­ment une agi­ta­tion de rue, c’est la lutte du capi­tal natio­nal avec le capi­tal inter­na­tio­nal, prin­ci­pa­le­ment bri­tan­nique. Et ce n’est pas un hasard si les Fran­çais parlent de Trump – ils ont le leur, French Trump, pas encore. Marine Le Pen sur ce rôle ne tire pas …

- Je vou­lais juste deman­der à ce sujet. On sait que Marine Le Pen sou­tient le mou­ve­ment des « gilets jaunes », bien que sa voix dans les mani­fes­ta­tions qui ont balayé la France n’ait pas encore été enten­due.

- Elle, à mon avis, s’est dis­cré­di­tée. C’est-à-dire qu’elle n’est clai­re­ment pas Trump, bien qu’ils aient dit que lors d’une lutte achar­née entre elle et Macron au deuxième tour de l’élection pré­si­den­tielle, elle lui res­sem­blait. Et Jean-Luc Mélen­chon (dépu­té à l’Assemblée natio­nale fran­çaise, a pris la 4ème place à l’élection pré­si­den­tielle de 2017) est éga­le­ment, en géné­ral, pas Trump. Macron aurait peut-être fui en Angle­terre il y a long­temps, mais les « gilets jaunes » n’ont pas de poli­ti­cien digne, il n’y a pas d’atout fran­çais. Il y a un fort mécon­ten­te­ment popu­laire, mais son sec­teur de l’énergie ne peut pas prendre la forme d’une figure poli­tique, qui aurait pu rem­pla­cer Macron à la suite de mani­fes­ta­tions. Peut-être qu’une telle per­sonne appa­raî­tra. Je n’exclus pas qu’il soit pro­té­gé pour le moment – non seule­ment de sa par­ti­ci­pa­tion à des batailles de bar­ri­cades, mais éga­le­ment d’un pos­sible dis­cré­dit. Je ne suis pas un connais­seur de la France, et je ne peux pas le juger com­plè­te­ment, mais jusqu’à pré­sent, un tel chiffre n’est pas appa­ru à la sur­face.

Ces der­niers temps, les Fran­çais avaient une telle figure : c’est l’ancien direc­teur géné­ral du FMI, Domi­nique Strauss-Kahn. C’était un per­son­nage poli­tique domi­nant très puis­sant, mais une pro­vo­ca­tion contre lui avait été orga­ni­sée, qui serait liée au har­cè­le­ment de la femme de chambre afri­caine et l’a fait sor­tir du domaine poli­tique. Nous nous sou­ve­nons bien de cette his­toire qui n’a abou­ti à rien : la femme a avoué qu’elle men­tait. Cepen­dant, Strauss-Kahn en tant que poli­ti­cien avait déjà mis une croix. Il a été « enle­vé » pré­ven­ti­ve­ment.

Les « gilets jaunes » sont des types intel­li­gents : en se rap­pe­lant cette leçon, ils com­prennent qu’il est impos­sible d’afficher un bon chiffre à l’avance pour tout le monde. La loi sur les tireurs d’élite fonc­tion­ne­ra immé­dia­te­ment : l’OTAN ou les Bri­tan­niques ten­te­ront de dif­fa­mer le nou­veau chef. Macron est tou­jours le pré­sident de la France et on ne sait pas quand il va fuir et s’il va fuir du tout. Pour évi­ter les pro­vo­ca­tions et les grèves sur une sil­houette forte, il est pos­sible qu’ils ne les prennent tout sim­ple­ment pas à la pre­mière ligne, mais qu’ils attendent que le pen­dule de la Ve Répu­blique passe à la Sixième. Et ensuite, le « Trump fran­çais » appa­raî­tra, mais objec­ti­ve­ment, bien sûr, il n’est pas néces­saire de créer le « Trump fran­çais », mais le de Gaulle moderne. Pour la Rus­sie, ce serait bien si un nou­veau de Gaulle était à la tête de la France, ce qui vise­rait les excel­lentes rela­tions entre Paris et Mos­cou. Ce serait le meilleur moyen de sor­tir du chaos dans lequel la socié­té fran­çaise s’est plon­gée. Je n’exclus pas que les « gilets jaunes » ont une sorte de « régi­ment d’embuscade » avec la nou­velle ver­sion de De Gaulle. Par­fois, ils appellent les noms d’un cer­tain nombre d’oligarques fran­çais, qu’ils soient ou non – je ne sais pas. Mais je suis convain­cu que cette fois, la capi­tale fran­çaise à voca­tion natio­nale a été trans­for­mée en « gilet jaune ».

“Pendant longtemps, les” gilets jaunes ” Irina Kalashnikova, RIA NovostiA pro­pos, quand Macro en Argen­tine à l’aéroport ( pen­dant le som­met du G20 -envi­ron Ed. ) N’a été ren­con­tré que par des employés de l’aéroport en « veste jaune », je pense que ce n’était pas un acci­dent. En Rus­sie, peu de gens connaissent et com­prennent les spé­ci­fi­ci­tés de l’Argentine.Tout le monde pense qu’il s’agit d’une sorte de pays espa­gnol, mais ce n’est pas tout à fait vrai. J’y suis allé plu­sieurs fois et je me suis assu­ré que les Ita­liens et les Fran­çais sont éga­le­ment en Argen­tine et les Espa­gnols ne sont qu’à la troi­sième place. Et il y a beau­coup d’anciens Fran­çais, eth­niques, et pas seule­ment sur le fait de la citoyen­ne­té. Par consé­quent, je n’exclue pas que la soli­tude de Macron à l’aéroport de Bue­nos Aires et sa pre­mière ren­contre avec des « gilets jaunes » fassent peut-être par­tie d’un cer­tain jeu trans­at­lan­tique.

- Mais la France aura-t-elle l’occasion de se libé­rer des pré­ceptes de l’OTAN et de l’Amérique ? Elle est, par essence, seule sur le conti­nent euro­péen.

« Je vous ai par­lé du scé­na­rio opti­miste. » Mais il y a peu de chances réelles : après tout, Nico­las Sar­ko­zy avait vio­lé le prin­cipe de De Gaulle et avait ame­né la France au sein de l’organisation mili­taire. Bien sûr, entou­ré de tous les côtés, il est peu pro­bable que le pays obtienne une indé­pen­dance com­plète. Mais on voit que des « gilets jaunes » sont appa­rus en Bel­gique. La ques­tion de savoir si cette vague se pour­sui­vra est une grande ques­tion. Bien enten­du, les méca­nismes de blo­cage internes pren­dront effet. Il y aura une oppo­si­tion farouche au cours de la France à orien­ta­tion natio­nale, peu importe qui se dres­se­ra devant lui.

« Le BREXIT est comme le mur mexicain de Donald Trump : l’Angleterre veut s’isoler de l’Europe mourante »

- Le 29 mars 2019, le soi-disant Brexit est pré­vu . Déjà en jan­vier, un vote aura lieu au Par­le­ment bri­tan­nique et, s’il réus­sit, le divorce de la Grande-Bre­tagne avec le Vieux Monde sera inévi­table. Si Brexit , à votre avis ? Et quelles en seront les consé­quences ?

-   Dans le cas du Brexit, on observe une com­bi­nai­son bri­tan­nique assez com­plexe et simple à la fois. Elle sug­gère que le flux d’immigrants d’Europe en Angle­terre dimi­nue­ra ou sera réduit à zéro. Dans le même temps, au contraire, encore plus de réfu­giés sont sup­po­sés être envoyés en Europe, dans la mesure où cela est géné­ra­le­ment pos­sible dans le cadre du pacte mon­dial sur la migra­tion éla­bo­ré par les Nations unies. À pré­sent, les pays baltes com­mencent à se rebel­ler, esti­mant qu’une vague de migra­tion géné­rale s’est répan­due. Que pou­vons-nous dire sur les grands pays euro­péens … Mais aux yeux de l’Angleterre, ce n’est qu’un coup por­té à la concur­rence. Dans le même temps, toutes les pré­fé­rences com­mer­ciales et éco­no­miques de Londres demeurent. C’est un plan si simple : lais­ser les migrants aller voir leurs concur­rents, dépen­ser des res­sources pour leur entre­tien, lais­ser les réfu­giés y brû­ler des voi­tures et désta­bi­li­ser la situa­tion. Tout cela aide­ra les Bri­tan­niques à éli­mi­ner leurs rivaux éco­no­miques en Europe. Et les Bri­tan­niques, en revanche, sont pro­té­gés par une bar­rière de fer des migrants, mais sur le plan éco­no­mique, il n’existe pas de bar­rière. Je consi­dé­re­rais l’idée même du Brexit.

Le flux de migrants au Royaume-Uni est éga­le­ment assez éle­vé – il n’est pas sur­pre­nant qu’ils se soient sen­tis mena­cés. Et main­te­nant, les Bri­tan­niques tentent de le blo­quer avec la puis­sance de cette com­bi­nai­son, tout en pré­ser­vant les pré­fé­rences de l’Irlande du Nord et d’autres direc­tions. Le Brexit est conçu comme un bloc, une sorte de mur mexi­cain par Donald Trump. Le pré­sident amé­ri­cain, lui aus­si, érige un mur à la fron­tière avec le Mexique et entre­tient des liens éco­no­miques avec ce pays. Les Bri­tan­niques avaient pro­po­sé cette manœuvre un peu plus tôt : ils cri­ti­quaient ver­ba­le­ment Trump, mais ils ont en fait com­men­cé à éri­ger le mur entre eux et le reste du monde. La ruse habi­tuelle.

- C’est-à-dire que l’Europe conti­nen­tale, aux yeux des Bri­tan­niques, est un navire en per­di­tion envoyé au pillage des migrants. Un gent­le­man bri­tan­nique à cette époque fumait pai­si­ble­ment devant la che­mi­née.

- Oui, mais ils veulent prendre les mar­chan­dises d’un navire en per­di­tion, jusqu’à ce qu’il des­cende au fond, à un prix infé­rieur. C’est-à-dire main­te­nir la rela­tion comme au bon vieux temps.

- Mais les Bri­tan­niques sont tou­jours euro­péens éga­le­ment. Ne sont-ils pas déso­lés pour l’Europe ?

- En fait, ils jettent l’Europe. En Alle­magne, un citoyen sur six est déjà d’origine non alle­mande. L’an der­nier seule­ment, 800 000 nou­veaux réfu­giés sont arri­vés ici, il y a deux ans, un mil­lion. L’Allemagne n’est pas un si grand pays : 89 mil­lions d’habitants. Ce n’est pas un nombre si gigan­tesque d’accepter chaque année un mil­lion de nou­veaux arri­vants qui ne veulent pas tra­vailler et ne vont pas tra­vailler mais qui envi­sagent de vivre des avan­tages sociaux et de créer un envi­ron­ne­ment cri­mi­nel là-bas. Dans le même temps, ils béné­fi­cient d’une garan­tie sociale de 350 euros, d’un loge­ment tem­po­raire, etc. En d’autres termes, le gou­ver­ne­ment alle­mand est obli­gé de res­ti­tuer envi­ron 350 mil­lions d’euros. Com­bien de temps l’Allemagne sur­vi­vra-t-elle ?

Je vous rap­pelle que la prin­ci­pale ava­lanche de migra­tion a débu­té depuis 2015. Mais quelle était la rai­son ? Je pense que la rai­son se trouve à la sur­face. En 2013, Bei­jing a pro­cla­mé le concept d’une nou­velle cein­ture éco­no­mique de la Route de la soie : « Une cein­ture, c’est un sens ». Les Bri­tan­niques ont mis du temps à com­prendre que l’objectif de ce pro­jet était d’atteindre l’Europe, dans les plus grands ports euro­péens comme Ham­bourg, etc. Dans l’ensemble, reliant l’Europe à la Chine à l’échelle mon­diale. Les conte­neurs le long de ce che­min seront deux à trois fois plus rapides que ceux où le ban­quier contrôle tout.

Lorsque les Bri­tan­niques ont com­pris en quoi le pro­jet chi­nois pour­rait deve­nir, ils ont déci­dé de sacri­fier l’Europe.Dites, c’est mieux que vous ne le don­niez à per­sonne, vous péri­riez plu­tôt dans le chaos de la migra­tion que nous le per­met­tions. Il convient de rap­pe­ler la guerre rus­so-japo­naise de 1904–1905. Les Bri­tan­niques ont finan­cé le Japon pen­dant cette période. Pour­quoi Parce qu’au début des années 1900, il était pré­vu de relier notre che­min de fer sino-orien­tal (à l’époque la route de Mand­chou­rie) à Qing­dao, une ville qui avait été cédée à l’Allemagne par conces­sion depuis 1897. C’est ain­si que les deux empires, Kai­ser Ger­ma­ny et Tsa­rist Rus­sia, ont pré­vu de réa­li­ser, par le biais d’une com­mu­ni­ca­tion avec Qing­dao, un pro­jet gigan­tesque trans-eur­asien, puis de se rendre à Ber­lin et à Ham­bourg. Il y a 100 ans ! Les Bri­tan­niques ont empê­ché – ils ont orga­ni­sé la guerre rus­so-japo­naise. En consé­quence, ces plans ne se sont pas réa­li­sés.

Il y a 100 ans, la Rus­sie occu­pait la pre­mière place dans ce pro­jet, car l’empire céleste res­tait encore faible. Les rôles changent main­te­nant. La Chine est le numé­ro un, la Rus­sie le numé­ro deux et l’Allemagne le numé­ro trois. Et là encore, il est très utile que Londres entame la décom­po­si­tion de l’Allemagne et de l’Europe entière. Dans tout cela, les inté­rêts éco­no­miques, la soif de pro­fit habi­tuelle, sont à nou­veau lus. La logique ici est opé­rante et très simple, elle ne pense pas en caté­go­ries : « que se pas­se­ra-t-il ensuite lorsque l’Europe dis­pa­raî­tra dans son ensemble ? »

- C’est la chose. La Grande-Bre­tagne n’est qu’un archi­pel. Est-elle proche de l’Europe en flammes où elle peut se sen­tir en sécu­ri­té ?

- C’est en fait le pro­blème : les gens pensent dans les caté­go­ries opé­ra­tion­nelles de pro­fit. Ils croient pou­voir aller en Suisse, puis peut-être à Hong Kong ou ailleurs, où ils ont des bun­kers. Mais le pro­blème mon­dial réside dans le fait qu’avec le départ de Zbi­gniew Brze­zins­ki ( décé­dé en 2017 – éd. ), Il n’ya pra­ti­que­ment plus de por­teurs de la pen­sée stra­té­gique en Occi­dent. Hen­ry Kis­sin­ger a 95 ans, il est peu capable de pen­ser de manière concep­tuelle. Et les idéo­logues d’aujourd’hui ont des pro­fits fous qui leur tiennent à cœur – c’est l’essentiel. Et les pro­fits res­te­ront, mais pour une très courte période – jusqu’à ce que le chaos les rat­trape.

« Pen­dant long­temps, les » gilets jaunes « n’ont pas for­mu­lé d’exigences spé­ci­fiques, même s’il était clair pour tout le monde que la simple hausse des prix de l’essence ne pou­vait guère pro­vo­quer de tels troubles » Pho­to : © Iri­na Kala­sh­ni­ko­va, RIA Novos­ti

Je me sou­vien­drai ici du père de Tikhon Shev­ku­nov, qui a brillam­ment décrit la mort de Byzance ( dans son film La mort d’un empire. La leçon byzan­tine – éd. ). Quand une armée turque rela­ti­ve­ment petite s’approchait des murs de l’imprenable Constan­ti­nople, presque aucune des riches nobles byzan­tins n’allait défendre la capi­tale. Très vite, ils ont payé pour cela – ils ont tous été phy­si­que­ment cou­pés.C’est un très bon exemple de myo­pie. Les magnats occi­den­taux d’aujourd’hui, à la recherche de pro­fits sup­plé­men­taires, ne voient pas que l’abîme soit devant eux, qu’ils ont creu­sé à bien des égards. Et cet écart ne cesse de s’élargir. Ques­tion : ces per­sonnes sont-elles adé­quates ? Il s’avère qu’ils ont d’abord pro­vo­qué la guerre rus­so-japo­naise, puis ont plon­gé l’humanité dans les Pre­mière et Seconde Guerres mon­diales – et le tout dans un but lucra­tif à la fin. Mais main­te­nant, les moyens de des­truc­tion sont beau­coup plus puis­sants … À mon avis, le sen­ti­ment de dan­ger chez ces per­sonnes s’atrophie – et c’est un pro­blème mon­dial, non seule­ment pour elles, mais pour nous tous.

- Trump est sou­vent appe­lé le chef de la majo­ri­té chré­tienne blanche (bien que l’on ne sache pas si c’est la majo­ri­té). Lorsque vous dites que l’Europe a une demande pour Trump, vou­lez-vous dire un cer­tain lea­der de la popu­la­tion euro­péenne blanche qui est déjà consi­dé­ré en dan­ger ?

Pou­tine est-il trop dia­bo­li­sé pour l’Europe ?

- Oui, il est dia­bo­li­sé. Pour mener à bien l’opération de raz­dé­mo­ni­sa­tion, il faut du temps, mais il ne reste pas beau­coup de temps. La démo­ni­sa­tion de ces der­nières années est déli­bé­ré­ment. Par contre, nous ne pou­vions pas sup­por­ter le coup après le fameux voyage de Pou­tine à Athos – rap­pe­lez-vous quand il a pris sa place dans une niche des­ti­née aux empe­reurs byzan­tins ( en 2016, dans l’Église Athos de l’Assomption de la Bien­heu­reuse Vierge Marie, le Pré­sident de la Fédé­ra­tion de Rus­sie sous l’insistance des Grecs a pris sta­si­dia – le plus hono­rable « Royal » place dans la cathé­drale – ed. )? Après cela, nous avons reçu une série de coups de poing dans le contexte de cette his­toire par­ti­cu­lière. Ce geste sym­bo­lique n’a pas conduit à un mou­ve­ment spi­ri­tuel, au contraire, nous avons mon­tré de la fai­blesse. Je ne parle pas seule­ment de Pou­tine, je parle de l’Église ortho­doxe russe. Il est évident que nous avons com­mis des erreurs stra­té­giques majeures au cours des der­nières années. Et ce n’est pas seule­ment notre pro­blème, mais aus­si le pro­blème euro­péen : Trump en Europe ne semble nulle part. Mais, si, comme cela a déjà été dit, les Fran­çais cachent pour l’instant leur Trump, l’Europe a encore une chance de salut.

« Une partie de l’entourage de Poutine ne tire pas son chef. Les actions du personnel sont mûres »

« Puisque vous avez men­tion­né Pou­tine et Athos, je ne peux m’empêcher de deman­der : la rup­ture du patriar­cat de Mos­cou avec le patriar­cat de Constan­ti­nople est-elle une« réponse »aux« lau­riers »impé­riaux du pré­sident russe ?

« Oui, c’est otvet­ka », mais il était néces­saire de s’y pré­pa­rer dès le len­de­main, après le départ d’Athos de Vla­di­mir Pou­tine. De plus, les hon­neurs ren­dus à notre chef d’État ont été sou­te­nus par la fra­ter­ni­té atho­nite – un modèle glo­bal d’intégration et de spi­ri­tua­li­té a été construit, enra­ci­né dans le pas­sé byzan­tin. Il était néces­saire de construire des méca­nismes, mais plu­sieurs années ont pas­sé, mais presque rien n’a été construit. Le père Tikhon, qui était le seul à pou­voir construire un modèle intel­li­gible, était au contraire éloi­gné de Mos­cou.

- à Pskov – métro­po­li­tain

- Oui, et il est bon que Pou­tine lui a ren­du visite en novembre der­nier (le pré­sident de la Fédé­ra­tion de Rus­sie a visi­té le monas­tère de la Sainte Dor­mi­tion Psko­vo-Pechers­ky le 18 novembre - ed.). Je pense que c’est un point très impor­tant. C’est Tikhon Shev­ku­nov qui a été le centre d’une cer­taine cris­tal­li­sa­tion – spi­ri­tuelle, intel­lec­tuelle et ortho­doxe – à Mos­cou et en Rus­sie en tant que telle. Il n’y a pas d’autre figure que lui. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas pu prendre un coup de poing. Com­ment nous sor­ti­rons de cette situa­tion n’est pas encore très clair. Main­te­nant, il y a plus de scé­na­rios néga­tifs que de posi­tifs. Mais le scé­na­rio néga­tif déjà lan­cé, de mon point de vue, aurait pu être évi­té.

- À pro­pos, Pou­tine a com­men­cé sa pré­si­dence en 2000 par un voyage dans la laure de Psko­vo-Pet­chersk.Ensuite, il y avait encore en vie John Kres­tyan­kin, le célèbre vieil homme. Il y a même une image où Pou­tine est cap­tu­ré avec lui. Et il y a une légende qui dit que c’est Kres­tian­kine qui a béni Pou­tine pour une aus­si longue pré­si­dence. Puis, en 2000, le deuxième au pré­sident de la Fédé­ra­tion de Rus­sie après Elt­sine a été très dif­fi­cile – son sort et celui de l’ensemble du pays ont été déci­dés. Mais pour­quoi main­te­nant, après 18 ans, Pou­tine a visi­té le même monas­tère à nou­veau ? Est-il encore très dif­fi­cile et a besoin de sou­tien ?

- Dans une cer­taine mesure, oui, le tour­nant est le même qu’en 2000. Ceci est lié au « pres­sage » inter­na­tio­nal de notre pays, à la dure lutte géo­po­li­tique dans le tri­angle Rus­sie-Chine-Etats-Unis, à la riva­li­té pour l’Europe et aux intrigues poli­tiques internes. De toute évi­dence, cer­tains membres de l’entourage de Pou­tine ne « tirent » pas leur chef, mais le pré­sident ne veut pas se débar­ras­ser de lui par ses prin­cipes éthiques et internes. Dicho­to­mie … En mars 2018, le triomphe de Pou­tine à l’élection pré­si­den­tielle était évident – plus de 76%. Viennent ensuite la dété­rio­ra­tion des atti­tudes à son égard dans la socié­té, le mécon­ten­te­ment sus­ci­té par les aug­men­ta­tions d’impôts et la réforme des retraites. C’est tout un enche­vê­tre­ment de pro­blèmes. Nous devons prendre des déci­sions tour­nantes. Et Vla­di­mir Vla­di­mi­ro­vitch a long­temps pesé le che­min à par­cou­rir. Ici, comme dans un conte de fées, vous pou­vez aller à droite ou à gauche, l’alternative est triste. Par exemple, en 2015, Pou­tine dans une situa­tion dif­fi­cile a pris une déci­sion très cor­recte : je veux dire le début de l’opération anti-ter­ro­riste syrienne. Sinon, Damas serait tom­bée sans équi­voque et ces hordes de ter­ro­ristes se seraient pré­ci­pi­tées vers nous. Ce serait bien pire. Mais la Syrie a réus­si à tenir, a réus­si à « mettre au point l’armée » et à la pré­pa­rer à un conflit mili­taire plus vaste. Que Dieu nous garde pour la guerre demain, mais au moins les forces armées russes sont prêtes pour cela. C’est le prin­ci­pal résul­tat de la Syrie : les ter­ro­ristes ont été détruits, l’armée est prête et nous avons eu une pause.

Cela dépend de nous com­ment nous uti­li­sons ce répit. Au fait, il est sym­bo­lique que l’été der­nier, Pou­tine se soit ins­tal­lé dans la taï­ga avec le ministre de la Défense, Ser­gei Shoi­gu, et le direc­teur du FSB, Alexan­der Bort­ni­kov ( éd.).Ain­si, après l’incident de Kertch, je crois que Bort­ni­kov est deve­nu le chiffre numé­ro deux et le numé­ro trois pour Choïg. En termes d’information, le CSF a agi avec un grand pro­fes­sion­na­lisme, ce qui sus­cite un opti­misme accru.L’incident de Kertch est une pro­vo­ca­tion mon­diale d’un niveau éle­vé, et le FSB a non seule­ment résis­té avec hon­neur, mais a sur­pas­sé les orga­ni­sa­teurs et a tra­vaillé plus de cinq ans. Bort­ni­kov a lui-même fait preuve d’excellentes capa­ci­tés d’organisation, à carac­tère pré­ven­tif, et ses subor­don­nés ont tra­vaillé un ordre de gran­deur plus éle­vé que leurs homo­logues du minis­tère de la Défense. Cela est même sur­pre­nant, car les « offi­ciers de sécu­ri­té » n’avaient aucune expé­rience syrienne de trois ans. Par consé­quent, avec un com­bat dif­fi­cile, Vla­di­mir Vla­di­mi­ro­vich comp­te­ra sur quelqu’un. Et j’espère qu’il pren­dra la bonne déci­sion. Après tout, en plus de la voie de mobi­li­sa­tion du déve­lop­pe­ment que Sta­line a démon­trée, nous n’avons en fait pas d’autre choix. Nous sommes main­te­nant dans une situa­tion de 1931, seule­ment nous n’avons pas 10 ans à venir, mais beau­coup moins, bien sûr. Par consé­quent, en pas­sant, Pou­tine, s’exprimant devant Rus­sie unie, a secrè­te­ment pro­non­cé des phrases du dis­cours de Sta­line de 1931, mais dans une ver­sion beau­coup plus douce. Leur sens com­mun est que si nous ne nous mobi­li­sons pas, nous serons écra­sés ( dans la bouche de Vla­di­mir Pou­tine “Le monde dans son ensemble est en pleine trans­for­ma­tion, une trans­for­ma­tion très puis­sante, en plein déve­lop­pe­ment et dyna­mique, et si nous ne trou­vons pas notre che­min dans le temps, si nous ne com­pre­nons pas à temps ce que nous devons faire et com­ment, nous pou­vons être en retard pour tou­jours” – ed. . )

« Nous ne pou­vions pas sup­por­ter le coup après le fameux voyage de Pou­tine à Athos, lorsqu’il a pris sa place dans une niche pour les empe­reurs byzan­tins. Ce geste sym­bo­lique n’a pas conduit à un mou­ve­ment spi­ri­tuel.  »

Mal­heu­reu­se­ment, main­te­nant que le pou­voir géo­po­li­tique de la Rus­sie occupe la troi­sième place, l’Inde nous rat­trape. En ce qui concerne le poten­tiel mili­taire, tout semble être très bon pour nous, sur le plan éco­no­mique, mais éga­le­ment sur un cer­tain nombre d’autres para­mètres. Par exemple, dans le domaine de l’espace « sous la direc­tion avi­sée », nous avons recu­lé pour la pre­mière fois ces der­nières années.Aupa­ra­vant, la Rus­sie avait tou­jours été le lea­der du nombre de lan­ce­ments de mis­siles et nous occu­pons main­te­nant la troi­sième place. C’est une défaite tech­no­lo­gique. Il y a beau­coup d’autres fac­teurs néga­tifs qui ne sont pas très capables d’insuffler de l’optimisme. Besoin de recons­truire rapi­de­ment. Je pense que cer­taines déci­sions peuvent être prises immé­dia­te­ment après le nou­vel an. Il est évident que les actions du per­son­nel ont éga­le­ment mûri ici. Pou­tine ira-t-il vers eux, je l’ignore.

Ils l’attendent depuis long­temps et semblent en avoir assez d’attendre.

- Par consé­quent, Pou­tine et est allé à son père Tikhon. Dans cette situa­tion, il n’a plus per­sonne à qui se rendre, si je com­prends bien. Le père Tikhon connaît brillam­ment l’histoire. Il a étu­dié en détail la mort de Byzance et j’espère qu’il pour­ra trans­mettre ces leçons à son invi­té de haut rang.

« Il n’existe pas d’analogue de la cyber brigade britannique dans aucun pays du monde. Salisbury, Creaking est leur travail.  »

J’ai regar­dé tes vidéos sur l’incident de Kertch. Là, en tant que prin­ci­pal adver­saire de ces évé­ne­ments, vous par­lez de la 77ème bri­gade bri­tan­nique. Quelle est cette équipe – s’il vous plaît dites-nous plus.

- En fait, il s’agit de la cyber­bri­gade offi­cielle (77e bri­gade), qui compte envi­ron 2 000 per­sonnes et qui est des­ti­née à la dés­in­for­ma­tion et au tra­vail dans les réseaux sociaux, sur­tout en russe. Il n’ya pas d’analogie avec cette cyber-for­ma­tion dans aucun pays du monde, y com­pris aux États-Unis : les Amé­ri­cains ne recrutent que leur propre divi­sion pour des tâches simi­laires. Le Royaume-Uni devant tout le monde. Toutes ces Salis­bu­ry, Creaks et autres pro­vo­ca­tions sont leur tra­vail. Dans la même série, j’aurais dû jalon­ner moi-même et l’incident de Kerch, mais le FSB, comme je l’ai dit, a été en mesure de les battre. Si les gars ont cal­cu­lé le nombre de per­sonnes qui tra­vaillent pro­fes­sion­nel­le­ment depuis plu­sieurs années ( offi­ciel­le­ment, l’équipe, éga­le­ment appe­lée « Chin­dits », a été créée en avril 2015 – Ed. Envi­ron. ), Alors c’est pos­sible. Je devrais ajou­ter que cette bri­gade bri­tan­nique gère en fait les acti­vi­tés du cyber-centre OTAN à Tal­linn (le soi-disant centre d’excellence de l’alliance sur la cyber­dé­fense coopé­ra­tive) et d’un centre simi­laire à Riga. En fait, c’est leur point avan­cé. Ici, vous pou­vez ajou­ter une base bri­tan­nique sur l’île de Chypre. Il est éga­le­ment inté­res­sant de noter que, comme le signa­lait le BBC Rus­sian Ser­vice le 2 décembre, plu­sieurs groupes mili­taires de la 77e bri­gade secrète de l’armée bri­tan­nique se trouvent en Ukraine. C’est-à-dire que la chaîne de l’OTAN autour de la Rus­sie se construit de tous les côtés des fron­tières. Par consé­quent, cette struc­ture est très dan­ge­reuse et ne doit pas être sous-esti­mée. Le nombre est très cor­rect – 2 000 sol­dats. En Rus­sie, de telles for­ma­tions, en prin­cipe, non. Ce dont nous sommes accu­sés (les soi-disant pirates russes) se fait en dehors des struc­tures éta­tiques et en termes de nombre, un ordre de gran­deur infé­rieur. Bien enten­du, nous devons for­mer des struc­tures para­mi­li­taires simi­laires et pro­mou­voir plus acti­ve­ment notre posi­tion en Europe. Il est béné­fique pour nous que l’Europe soit sau­vée et libé­rée du chaos. Le plan de la Grande-Bre­tagne, dont j’ai par­lé plus haut, est un coup dur pour la Chine mais éga­le­ment pour nous.

- En rai­son de quoi nous avons bat­tu la 77ème bri­gade dans l’histoire de l’incident de Kertch ?

- L’essentiel est d’anticiper l’interprétation des évé­ne­ments. À titre de com­pa­rai­son : sur le « Twit­ter » offi­ciel du minis­tère de la Défense de la Fédé­ra­tion de Rus­sie, le mes­sage sur la tra­gé­die de l’IL-20 est appa­ru 14 heures seule­ment après que les avions israé­liens eurent « cadré » inten­tion­nel­le­ment notre IL-20 dans le cadre du sys­tème de défense aérienne syrien. À pro­pos, infor­mer sur ce qui s’est pas­sé et faire valoir son point de vue sont deux choses dif­fé­rentes.L’apparence d’informations sur l’incident lui-même 14 heures après son absence est absurde. Avec un très grand nombre de per­sonnes au ser­vice de l’information du minis­tère de la Défense, c’est d’autant plus frap­pant. Au contraire, le FSB a éta­bli une docu­men­ta­tion opé­ra­tion­nelle claire de toute la pro­vo­ca­tion et orga­ni­sé une pré­sen­ta­tion rapide de notre ordre du jour et de notre point de vue russe dans les médias. Le triomphe a été que la chaîne de télé­vi­sion Euro­news (il est clair que nous ne les contrô­lions pas) a été confron­tée à un repor­tage géant le 28 novembre. Je l’ai moi-même regar­dé : 70% du temps était consa­cré à notre inter­pré­ta­tion de l’incident de Kertch, et seule­ment 30% – un autre point de vue. D’habitude, tout est exac­te­ment le contraire. Et ce n’est que parce que le CSF a pu créer un flux d’informations favo­rable pour nous. En fait, c’est arri­vé pour la pre­mière fois. Le sys­tème a fonc­tion­né, mais sous le contrôle du FSB. Sous la direc­tion du minis­tère de la Défense et d’autres struc­tures, rien de ce genre, mal­heu­reu­se­ment, ne se pro­duit.

- Je connais des gens du minis­tère de la Défense, j’ai tra­vaillé avec eux pen­dant un moment et je suis bien conscient de leur len­teur à réagir.

- J’étais moi-même sous le choc : de quoi puis-je par­ler sur Twit­ter après 14 heures, lorsque le pro­blème est réso­lu à la minute près, et que l’image devrait être for­mée dans une heure ou deux ? Même chose sur leur site Web, Face­book et ain­si de suite.

- Pour­quoi cela n’est-il pas arri­vé chez les vio­lo­nistes ?

- « Le cas des Scri­pals » est une pro­vo­ca­tion pro­fonde. De toute évi­dence, les Bri­tan­niques nous ont bat­tus : ils ont déve­lop­pé une com­bi­nai­son à laquelle nous n’avons pas réagi de manière oppor­tune. Et ils avaient déjà un plan clair à l’époque, car nos struc­tures agis­saient tra­di­tion­nel­le­ment avec un retard. Pour nous, cette his­toire d’information n’est abso­lu­ment pas un avan­tage, comme on dit. Il y avait une cam­pagne com­plète ici, mais je ne sais pas qui l’a faite. Le FSB n’a pas fait cela. FSB a mon­tré com­ment elle peut, à Kertch. Entre le Kertch et le « cas de Skri­pale » – une dis­tance énorme.

- Petrov et Boshi­rov devraient-ils être libé­rés à la télé­vi­sion, dans la sin­cé­ri­té de laquelle dou­taient de nom­breux télé­spec­ta­teurs ?

- À mon avis, le point n’est pas du tout à Petrov et à Boshi­rov. Et pas dans cet épi­sode sépa­ré. Nous avons pris la mau­vaise posi­tion dès le début. Le 16, c’est-à-dire plus de 10 jours après les évé­ne­ments et après que les médias mon­diaux eurent une vue d’ensemble de la situa­tion, nous avons com­men­cé à réagir. La rai­son était qu’un citoyen de la Rus­sie a souf­fert de cette tra­gé­die. Et seule­ment 10 jours plus tard, je répète, l’enquête russe a com­men­cé sur cette ques­tion. Selon la logique d’efficacité, il fal­lait réagir dans les 24 heures ! Par consé­quent, cela n’a aucun sens de consi­dé­rer cette étape sépa­rée avec Petrov et Boshi­rov – réus­sie ou non. Dès le début, la mau­vaise stra­té­gie de réponse a été adop­tée. Dans ce docu­ment, rien n’a même été comp­té. Après tout, vous pou­vez cal­cu­ler toute pro­vo­ca­tion. Et l’ennemi, évi­dem­ment, a mode­lé toutes nos actions. Il a impo­sé l’initiative, anti­ci­pé notre réac­tion, atten­du nos actions, puis jeté les pièges sui­vants. Nous étions dès le départ un objet de confron­ta­tion et non un sujet : on nous don­nait tou­jours une sorte d’introduction, nous y réagis­sions, par­fois avec suc­cès, par­fois non ; sui­vi d’une nou­velle intro­duc­tion, et nous avons constam­ment traî­né dans la queue.

Bien que la com­po­sante de dés­in­for­ma­tion de l’affaire Skri­pale soit évi­dente, à com­men­cer par la célèbre pho­to prise à la piz­ze­ria quelques heures avant l’intoxication. Sur la pho­to, Ser­gey et Julia Skri­pal sont assis, les lunettes sur­éle­vées, et dans le miroir en arrière-plan, le pho­to­graphe est vague­ment réflé­chi. Qui est cette per­sonne ? At-il souf­fert aus­si ? Pour­quoi n’y a-t-il aucune men­tion de lui dans l’affaire ? Aucune de ces ques­tions nous avons deman­dé.C’est une posi­tion qui, pour le moins, ne mène pas au suc­cès. Mais selon Kertch, notre ordre du jour a domi­né. De toute évi­dence, dif­fé­rentes per­sonnes étaient res­pon­sables de Salis­bu­ry et de Kerch. Donc, vous pou­vez rejouer les Bri­tan­niques – vous pou­vez et devriez. J’espère que le pré­sident l’appréciera et déci­de­ra que nous ne per­drons pas à l’avenir.

- Oui, et c’est néces­saire non seule­ment pour la France, mais éga­le­ment en Alle­magne. Ange­la Mer­kel n’est clai­re­ment pas le lea­der que le temps exige. Peut-être que Mat­teo Sal­vi­ni, ministre ita­lien de l’Intérieur et l’un des diri­geants de la Ligue du Nord, est en mesure de deve­nir un diri­geant euro­péen. Début décembre, lorsque Sal­vi­ni a orga­ni­sé une mani­fes­ta­tion à Rome avec la par­ti­ci­pa­tion de 80 000 per­sonnes, il a décla­ré que les pogroms et les émeutes en France engen­draient la pau­vre­té et les migrants. Mais com­bien vont-ils lui don­ner pour gran­dir ? Jusqu’à pré­sent, il n’est même pas un diri­geant ita­lien, ni un pre­mier ministre, mais sim­ple­ment le ministre des Affaires inté­rieures. Cepen­dant, au niveau euro­péen, je ne vois pas d’autre chiffre que Sal­vi­ni. Aux États-Unis, en effet, il y avait un sou­lè­ve­ment de la popu­la­tion blanche, qui a pro­mu Donald Trump (ou Trump l’a sel­lé). En Europe, un pro­ces­sus simi­laire est en cours, mais qui le diri­ge­ra ? Par exemple, Vla­di­mir Pou­tine peut-il deve­nir un tel lea­der ?Mal­heu­reu­se­ment, à peine, pro­ba­ble­ment.