Igor Panarin : « En octobre 1917, le scénario de sauvegarde de la sauvegarde du pays a fonctionné »

Un ana­lyste poli­tique bien connu sur la façon dont les géné­raux royaux ont fait la révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne de la 17ème année et pour­quoi le vrai nom de Sta­line est Prz­he­vals­ky

La cap­ture du cour­rier et du télé­graphe dans la ville révo­lu­tion­naire de Petro­grad n’a pas été orga­ni­sée par Lénine, mais par le géné­ral Pota­pov en liai­son avec Sta­line et Dzer­jins­ki, a décla­ré Igor Pana­rin, pro­fes­seur et pré­sident de l’association InfoS­pets­naz. Trots­ky, un agent du MI6, a stop­pé le mou­ve­ment maçon­nique blanc et révé­lé le secret de la nais­sance de Sta­line, a décla­ré Pana­rin dans une inter­view à BUSINESS Online. Il a expli­qué com­ment les géné­raux tsa­ristes patriotes avaient pris le pou­voir à Kerens­ky et l’avaient trans­fé­ré au IIe Congrès des Soviets.

Игорь Панарин рассказывает, как царские генералы сделали пролетарскую революцию 17 года« PRZHEVALSKY ET STALIN N’ÉTAIENT QUUNE MEMOIRE PHENOMENALE »

- Igor Niko­lae­vich, aujourd’hui est le 101ème anni­ver­saire de la Grande Révo­lu­tion d’Octobre. Plus récem­ment, vous avez pré­sen­té votre vision des causes et des méca­nismes cachés de 1917, où vous avez men­tion­né que le coup d’État d’octobre pour­rait être orga­ni­sé avec l’aide de géné­raux patriotes. Dans ce cas, vous par­tez de l’hypothèse que Joseph Sta­line était le fils illé­gi­time du voya­geur Niko­lai Prz­he­vals­ky. Quelle est la base d’une hypo­thèse aus­si auda­cieuse ?

- Pour la pre­mière fois à pro­pos de la res­sem­blance frap­pante de Joseph Sta­line et de Niko­lai Prz­he­vals­ky, j’ai eu l’occasion de réflé­chir il y a quelques années à Saint-Péters­bourg. Je lui ai pas­sé le monu­ment, qui est ins­tal­lé dans le jar­din Alexandre. Un couple marié de 40 ans a mar­ché der­rière moi, en appa­rence, des tou­ristes, et j’ai enten­du ma femme dire à mon mari : « Oh, regarde, ils ont mis un monu­ment à Sta­line ! » Je me suis tour­né vers eux et leur ai dit : « Ce n’est pas Sta­line. » « Et qui ? » Ils ont été sur­pris. « Prz­he­vals­ky ».

Mais je me sou­viens avoir été frap­pé par la res­sem­blance dif­fi­ci­le­ment expli­cable du grand voya­geur avec le « lea­der des nations » : le même pro­fil recon­nais­sable, des mous­taches luxu­riantes, des épaules bien ten­dues avec des épau­lettes de géné­raux, qui, vus de loin, peuvent être confon­dus avec des épau­lettes de gene­ra­lis­si­mo. Bien sûr, il n’ya aucune preuve docu­men­taire de la rela­tion de sang entre Prz­he­vals­ky et Sta­line. Aucune infor­ma­tion archi­vis­tique avec timbres n’a été conser­vée … Cepen­dant, lorsque je m’intéressai à ce sujet, je reçus des infor­ma­tions d’une per­sonne digne de confiance – Niko­lai Mikhai­lo­vich Prz­he­vals­ky se repo­sa vrai­ment à Gori au début du prin­temps 1878 et s’arrêta juste pour s’y repo­ser où Eka­te­ri­na Geladze, la future mère de Sta­line, a ser­vi comme femme de chambre.Cepen­dant, des dis­putes sur l’endroit où Prz­he­vals­ky pour­rait se repo­ser pen­dant cet inter­valle de temps (hiver-prin­temps de 1878) se pour­suivent, mais Gori est l’un des endroits sup­po­sés. Et pour­quoi alors ne pas auto­ri­ser que la célèbre scien­ti­fique, qui avait une appa­rence mas­cu­line cha­ris­ma­tique et attrayante, puisse se lais­ser empor­ter par la jeune encore âgée de 20 ans, Eka­te­ri­na Geladze ?

Rap­pe­lons-nous qui est Prze­wals­ki. Il n’est pas seule­ment un cher­cheur et un décou­vreur, il est éga­le­ment un offi­cier des ser­vices de ren­sei­gne­ment russe remar­quable, le major géné­ral de l’état-major de la Rus­sie, qui a maintes fois exé­cu­té les déli­cates ins­truc­tions du gou­ver­ne­ment. En même temps, per­sonne ne mou­rut dans ses expé­di­tions ris­quées en Asie cen­trale, ce qui est abso­lu­ment unique pour l’histoire de grandes décou­vertes géo­gra­phiques.

Autre détail carac­té­ris­tique : Prz­he­vals­ky et Sta­line avaient tous deux une mémoire phé­no­mé­nale. Joseph Vis­sa­rio­no­vich connais­sait incon­tes­ta­ble­ment les noms, pré­noms et noms patro­ny­miques de tous les com­man­dants de ses divi­sions, et il y en avait envi­ron 2 000 dans la Grande Guerre patrio­tique. Quant à Niko­laï Mikhaï­lo­vitch, en sa qua­li­té d’officier des ser­vices de ren­sei­gne­ments, il devait tout sim­ple­ment gar­der beau­coup d’informations en tête, car lors de ses dépla­ce­ments en Asie cen­trale, tout n’était pas réa­li­sable. Vous com­pre­nez que tout ne pou­vait pas être réglé sur papier – il était néces­saire de le mémo­ri­ser et de le récu­pé­rer seule­ment après.

Troi­sième point : j’ai étu­dié le che­min de vie du futur diri­geant des peuples et suis par­ve­nu à la conclu­sion que si son des­tin était lais­sé à flot, alors sans le sou­tien de cer­taines forces, il serait peu pro­bable que Sta­line devienne Sta­line.Si, tou­te­fois, j’accepte mon concept, alors tout dans la vie de cette per­sonne inha­bi­tuelle se décom­pose en quelque sorte sur les éta­gères et cela devient extrê­me­ment clair.

Je me sou­viens com­ment, en Union sovié­tique, j’avais lu les mer­veilleux mémoires du lieu­te­nant-géné­ral Alexei Igna­tiev « Cin­quante ans dans les rangs ». J’étais loin de pen­ser que Sta­line pour­rait être le fils de Prz­he­vals­ky, mais j’étais déjà frap­pé par le fait qu’un brillant aris­to­crate, un homme appar­te­nant à l’une des prin­ci­pales familles prin­cières de la Rus­sie impé­riale, Igna­tiev, et son frère, consti­tuaient à l’avenir la base de l’intelligence per­son­nelle de Sta­line. .Pour­quoi Rap­pe­lons que son père, Alexey Pav­lo­vich Igna­tiev, était le gou­ver­neur et qu’il adhé­rait en même temps aux vues d’extrême droite. Et son oncle, Niko­lai Pav­lo­vich Igna­tiev, qui, sans un coup de fusil, atta­cha à l’empire les vastes contrées de l’Extrême-Orient, fut le ministre des Affaires inté­rieures de l’empire et, en fait, l’un des fon­da­teurs de la « Bri­gade sacrée », une struc­ture monar­chique secrète, orga­ni­sée peu après l’assassinat de l’empereur Alexandre II en 1881. com­battre la ter­reur révo­lu­tion­naire. Ses neveux, dont j’ai déjà par­lé, sont deve­nus des rési­dents clés des ser­vices de ren­sei­gne­ments mili­taires russes à Paris et à Berne et ont appor­té un sou­tien consi­dé­rable à Sta­line. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’existence de nou­velles lignes d’interaction dans la vie d’Ignatiev et de Joseph Vis­sa­rio­no­vich, que nous ne connais­sons pas et qui ne sont pas visibles à la sur­face.

Si nous sup­po­sons que la ver­sion de l’origine de Sta­line n’est pas tota­le­ment sans fon­de­ment, l’image est addi­tion­née et tous les détails trouvent leur casse-tête : février et octobre 1917, autres évé­ne­ments et même le duel ber­nois d’Allen Dulles . ) avec Stir­litz ( évé­ne­ments liés à des négo­cia­tions secrètes entre le repré­sen­tant des « alliés » Dulles et les plus hauts rangs de la SS, consti­tuèrent la base de « Seven­teen Moments of Spring, – ed. ). Soit dit en pas­sant, Stir­litz est une image col­lec­tive des frères Igna­tiev et de leur rési­dence, qui a été créée en Europe et a brillam­ment tra­vaillé en Suisse. Seul un nombre limi­té de per­sonnes pou­vait gérer cette rési­dence – c’est la cou­tume depuis la fin du 19èmesiècle. À un moment don­né, la clé de la rési­dence euro­péenne a été confiée à Sta­line, car, de mon point de vue, il était le fils d’un offi­cier des ren­sei­gne­ments excep­tion­nel de Prze­wals­ki, qui figu­rait par­mi les autres digni­taires de la Sacred Squad.

Donc, dans tout cela – les rai­sons du suc­cès de Sta­line en 1917 et dans sa lutte avec Leon Trots­ky (Ley­boy Bron­stein), qui a été recru­té par les ser­vices de ren­sei­gne­ments bri­tan­niques MI-6 même quand il était aux États-Unis. Per­sonne – ni Vla­di­mir Lénine, ni d’autres révo­lu­tion­naires célèbres – n’a eu un sou­tien aus­si puis­sant que Joseph Vis­sa­rio­no­vich.

« Je me sou­viens, j’ai été frap­pé par cette res­sem­blance dif­fi­ci­le­ment expli­cable d’un grand voya­geur avec le« lea­der des nations » : le même pro­fil recon­nais­sable, des mous­taches luxu­riantes, des épaules libres.

« DANS L’EXPLORATION MILITAIRE ET DANS LA MIA, UN GROUPE DE PATRIOTES-PROFESSIONNELS FORMÉS »

- Si Sta­line était au cou­rant de son ori­gine, pour­quoi l’a-t-il caché ? Par­mi les bol­che­viks révo­lu­tion­naires, le sang noble n’était pas consi­dé­ré hon­teux : Lénine, Chi­che­rin, Jda­nov, Dzer­jins­ki et Mal­en­kov, etc., appar­te­naient à une classe noble.

- Je pense que c’est le deuxième ou troi­sième niveau de pro­fon­deur. Après 1905, il devint évident que le pays s’orientait vers des chan­ge­ments radi­caux. À cet égard, il me semble qu’une ligne de dupli­ca­tion de l’empire a com­men­cé à s’aligner, mais quelques per­sonnes se sont consa­crées à ces pro­ces­sus.Sta­line lui-même n’a été consa­cré que vers 1912.Ceci est mon point, vous pou­vez dis­cu­ter avec cela. Il est pos­sible que jusqu’en 1912, il pos­sé­dait cer­taines infor­ma­tions, mais il n’avait pas une image com­plète. Il n’était pas atti­ré, pre­nait soin de ne pas « s’allumer » avant l’heure. Mais rap­pe­lez-vous qu’il y avait des pré­dic­tions de voyants qui ont aver­ti que 36 ans après 1881, des évé­ne­ments catas­tro­phiques pour­raient se pro­duire en Rus­sie ( selon des cycles his­to­riques de 36 ans enre­gis­trés dans l’histoire de la Rus­sie depuis la mort du roi-réfor­ma­teur : 1881, 1917, 1953, 1989 – Ed. ). Par consé­quent, non seule­ment les Bri­tan­niques, les maçons et le public simi­laire se sont pré­pa­rés à l’avance pour la Rus­sie de 1917, mais, comme je le crois, deux struc­tures patrio­tiques au sein de l’empire russe. Ils ont pré­pa­ré leur propre plan d’action, qui a fonc­tion­né en octobre 1917.

- En par­lant des « deux struc­tures patrio­tiques », nous enten­dons en pre­mier lieu le corps du ren­sei­gne­ment mili­taire ?

- Oui, le ren­sei­gne­ment mili­taire, mais pas seule­ment. Dans le pas­sé, j’ai eu une expé­rience inté­res­sante : j’ai ensei­gné pen­dant quatre ans à l’Académie de ges­tion du minis­tère de l’Intérieur à la haute direc­tion et à la réserve de per­son­nel du ministre. Pour rendre mes cours plus inté­res­sants, j’ai essayé d’étudier le plus pos­sible les ouvrages et maté­riels sur les acti­vi­tés pré­ré­vo­lu­tion­naires du minis­tère de l’Intérieur de l’empire russe. Le fait est que ces struc­tures, qui s’appellent main­te­nant FSB, FSO, etc., fai­saient par­tie du minis­tère de l’Intérieur tsa­riste à cette époque. Au même endroit, il y avait une intel­li­gence offen­sive, qui s’appelait ain­si. Lorsqu’en 1906, Peter Sto­ly­pin (au fait, il fai­sait éga­le­ment par­tie de la « Bri­gade sacrée »), devint ministre de l’Intérieur, il ordon­na au ser­vice des ren­sei­gne­ments exté­rieurs de décou­vrir quelles étaient les sources externes de la Pre­mière révo­lu­tion russe. La prin­ci­pale conclu­sion tirée de cette enquête est que les maçons ont four­ni la plus grande par­tie des fonds néces­saires à la révo­lu­tion. Pour autant que je sache, un groupe de patriotes pro­fes­sion­nels for­més au sein du ren­sei­gne­ment mili­taire et au sein du minis­tère de l’Intérieur s’inquiétaient du sort de l’empire. Ce sont eux qui ont construit le modèle d’action en situa­tion de crise. Nous nous sou­ve­nons tous que dans le dépar­te­ment de la sécu­ri­té (une struc­ture au sein du minis­tère des Affaires inté­rieures, char­gé des enquêtes poli­tiques – éd. ), Des ten­ta­tives ont été faites pour prendre le contrôle du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire. Mais l’accent était tou­jours mis sur l’élaboration de leur propre scé­na­rio en cas de crise et d’effondrement de l’empire. L’essentiel – en aucun cas ce scé­na­rio ne devrait « briller ».

- Sto­ly­pin était dédié à ça ?

« Pour­quoi pen­sez-vous qu’il a été tué ? » Le lieu­te­nant-colo­nel gen­darme Geor­gy Metz a résu­mé toutes les don­nées du ren­sei­gne­ment de sécu­ri­té et de la rési­dence en Europe. Sur cette base, un rap­port a été pré­pa­ré à l’empereur Nico­las II . L’étude de Metz s’est inti­tu­lée « De l’essence et des objec­tifs de la Socié­té mon­diale des francs-maçons ». Outre le lieu­te­nant-colo­nel, Rataev, res­pon­sable du ren­sei­gne­ment du cor­don, a acti­ve­ment par­ti­ci­pé à la col­lecte d’informations pour le rap­port (il a pré­pa­ré une note sépa­rée dans laquelle il a noté « la grave por­tée anti-éta­tique de la renais­sance de la franc-maçon­ne­rie en Rus­sie et la néces­si­té d’une lutte spé­ciale contre lui » – ed. ). Il était sup­po­sé que le prin­ci­pal coup por­té à la chaîne maçon­nique, à la fois externe et interne, devait être infli­gé dès 1911. Le roi par­tit en vacances en Cri­mée et Sto­ly­pin, déjà Pre­mier ministre, lui décla­ra que le docu­ment en ques­tion était prêt et qu’il était néces­saire d’agir. Nico­las II a préa­la­ble­ment don­né son accord, mais il a deman­dé d’attendre son retour de Cri­mée : ils disent, alors nous allons com­men­cer.

Per­met­tez-moi de vous rap­pe­ler que Pyo­tr Arka­dye­vich Sto­ly­pin a été tué à Kiev, lorsque le roi et sa famille sont reve­nus de Cri­mée et ont assis­té aux célé­bra­tions de l’inauguration du monu­ment à Alexandre II . En prin­cipe, ils auraient pu tuer le sou­ve­rain, mais c’est Sto­ly­pin qui, selon la légende, étant déjà sérieu­se­ment bles­sé, a croi­sé Nicho­las II dans la boîte et s’est dit « heu­reux de mou­rir pour le roi ». Quelques jours plus tard, le Pre­mier ministre royal est décé­dé. Ain­si, les francs-maçons et les Bri­tan­niques blo­quèrent la ligne d’enquête entre­prise par Metz et Ratayev.Par la suite, pra­ti­que­ment tous les offi­ciers et géné­raux impli­qués ont été pro­gres­si­ve­ment reti­rés du sys­tème du Minis­tère de l’intérieur. Mais le der­nier qui a trait à l’histoire de la mort du Pre­mier ministre tsa­riste a été condam­né par Sta­line en 1937 en tant qu’ennemi du peuple, mais en réa­li­té pour sa par­ti­ci­pa­tion à l’organisation du meurtre de Sto­ly­pin.

En rai­son de l’interaction des ren­sei­gne­ments offen­sifs avec les ren­sei­gne­ments mili­taires russes, une sorte de syn­thèse des infor­ma­tions entrantes, du per­son­nel et des per­sonnes s’est for­mée. Ils ont four­ni un scé­na­rio de sau­ve­garde pour sau­ver le pays. Une ligne visait à vaincre la résis­tance interne de l’empire et à rendre le roi plus réso­lu. Mais l’empereur n’étant pas très déci­sif, la deuxième ligne est entrée en vigueur.

« Oui, à Mos­cou, le Krem­lin s’est empa­ré des cadets et a tiré des coups de feu, mais j’insiste sur le fait que dans 95% des grandes villes, tout s’est dérou­lé dans le calme »

Pho­to : Yakov Vla­di­mi­ro­vich Stein­berg, notre maga­zine Heri­tage, 1988 ; La grande révo­lu­tion russe de 1917 – Pg., 1917. Domaine public, commons.wikimedia.org

« DANS 89 DES 97 GRANDES VILLES DE RUSSIE, LES AUTORITÉS SONT PASSÉES À BOLSHEVIKS SANS UN SEUL COUP DE POINT »

- Pen­sez-vous qu’en février 1917 les maçons ont pris le pou­voir en Rus­sie ? Mais un nombre consi­dé­rable de membres du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire ne cachait même pas leur appar­te­nance aux loges maçon­niques : ni Kérens­ki, ni Miliou­kov, ni le prince Lvov. Si la franc-maçon­ne­rie était une struc­ture mon­diale dont la por­tée dépas­sait de loin les fron­tières de l’empire russe, com­ment deux petites orga­ni­sa­tions patrio­tiques, bien que liées au ren­sei­gne­ment, par­viennent-elles à le déjouer ?

- Je pense que c’est l’un des secrets mon­diaux qui, jusqu’à la fin, pour­raient ne jamais être dévoi­lés. Lorsque nous avons étu­dié à l’école sovié­tique, on nous a par­lé du génie Lénine qui, dans la nuit du 25 octobre 1917, a sai­si du cour­rier et des télé­graphes. Mais Lénine, qui venait de ren­trer de Fin­lande à Pétro­grad, en était-il capable ? En pas­sant, nous célé­brons cette année le cen­te­naire de la direc­tion géné­rale du ren­sei­gne­ment (GRU). Mais cela ne vient pas de nulle part. Ma ver­sion est que les 24 et 25 octobre, des déta­che­ments spé­ciaux des forces opé­raient dans la capi­tale de l’empire russe, qui rece­vront plus tard les noms du GRU. Et puis c’était un ren­sei­gne­ment mili­taire diri­gé par le géné­ral Niko­lai Pota­pov. Après tout, il fal­lait bien tout pré­pa­rer, et Pota­pov, en tant qu’officier des ser­vices de ren­sei­gne­ment russes expé­ri­men­té, employé du dépar­te­ment prin­ci­pal de l’état-major géné­ral, était par­fai­te­ment à même de jouer ce rôle. Quant à Lénine, il n’a pas du tout par­ti­ci­pé à la pré­pa­ra­tion de ces raids – il était d’abord à Raz­liv, puis il a démé­na­gé à Hel­sing­fors ( moderne Hel­sin­ki - ed.), Puis à Vyborg. Les déci­sions poli­ti­co-mili­taires ont été prin­ci­pa­le­ment prises par Sta­line et Felix Dzerz­hins­ky. Au cours de ces périodes, Felix Edmun­do­vich pré­fé­rait géné­ra­le­ment agir conjoin­te­ment avec Sta­line.

À l’été de 1918, un com­plot bri­tan­nique est dénon­cé à Mos­cou ( affaire Lock­hart, à la suite de laquelle le chef de la mis­sion bri­tan­nique, Robert Lock­hart, est arrê­té et expul­sé de la RSFSR en même temps que le célèbre agent des ser­vices de ren­sei­gne­ment, Syd­ney Reilly ; , diri­gée par des diplo­mates fran­co-bri­tan­niques, visant à orga­ni­ser la sai­sie, avec l’aide de la cor­rup­tion de par­ties des troupes sovié­tiques, du Conseil des com­mis­saires du peuple et de la pro­cla­ma­tion d’une dic­ta­ture mili­taire à Mos­cou  » – ed. ). Tout a été expli­qué sim­ple­ment : lorsque les Bri­tan­niques ont com­pris qu’ils avaient été bat­tus, ils ont com­men­cé à déployer la guerre civile en Rus­sie. Avec l’aide de Fan­ny Kaplan, ils ont ten­té de ren­voyer Lénine et de mettre leur agent Trots­ky à sa place. Ain­si, ils déci­dèrent de reprendre com­plè­te­ment le contrôle de la situa­tion, comme en février 1917, lorsque l’ambassadeur du Royaume-Uni, George Bucha­nan, n’hésita pas à don­ner des direc­tives au « Anglo­man » et membre du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire, Pavel Milyu­kov. Cepen­dant, un groupe de Sta­line – Dzer­jins­ki ne leur a pas don­né la pos­si­bi­li­té de réa­li­ser leurs inten­tions.

Com­ment avez-vous réus­si à battre les Bri­tan­niques ? C’est encore l’un des secrets his­to­riques. Le scé­na­rio lui-même, en octobre 1917, les a com­plè­te­ment sur­pris. Il suf­fit de dire que dans 89 des 97 grandes villes de Rus­sie, le pou­voir est pas­sé aux bol­che­viks sans coup férir. Oui, à Mos­cou, le Krem­lin s’est empa­ré des cadets et a tiré des coups de feu, mais j’insiste sur le fait que dans 95% des grandes villes, tout s’est dérou­lé dans le calme. À Saint-Péters­bourg, selon cer­taines sources, tout se limi­te­rait à 6 bles­sés, qui ne sont pas par­ve­nus à fran­chir avec suc­cès le treillis du Palais d’Hiver. Sinon, c’était une opé­ra­tion spé­ciale unique. Les tech­no­lo­gies uti­li­sées à l’époque et aujourd’hui sont très impor­tantes et elles « prennent par­fois » la forme de la réuni­fi­ca­tion de la Rus­sie et de la Cri­mée ou de la pro­tec­tion contre l’agression de l’Ossétie du Sud.

Je m’écarterai un peu : en 2009, j’ai eu l’occasion de par­ler à un haut niveau en Chine – des conseillers des plus hauts res­pon­sables du CRP ont assis­té à ma pré­sen­ta­tion. Je me sou­viens qu’on m’avait deman­dé pour­quoi, en août 2008, la Rus­sie agis­sait comme elle agis­sait ? J’ai répon­du que, oui, les ser­vices de ren­sei­gne­ment amé­ri­cains s’attendaient à quelque chose de com­plè­te­ment dif­fé­rent de nous. Ils m’ont cor­ri­gé de l’audience : non seule­ment les Amé­ri­cains, mais aus­si les ser­vices de ren­sei­gne­ment chi­nois le croyaient. Autre­ment dit, nous étions cen­sés tout « fusion­ner » et nous ne nous en mêle­rions pas. Et nous non seule­ment sommes « inter­ve­nus », mais avons presque atteint Tbi­lis­si.

Cepen­dant, com­pa­ré à 1917, il s’agit d’une échelle plus petite. Mais il y a 101 ans, nous étions aux prises avec un très grave enche­vê­tre­ment de conspi­ra­tions : le pre­mier était un com­plot de palais (der­rière lequel se trou­vaient les grands-ducs), le deuxième – un com­plot maçon­nique, le troi­sième – un libé­ral, enfin – la traî­trise des géné­raux tsa­ristes (Niko­laï Ruzs­ky, Mikhaïl Alek­seev, Lavr Kor­ni­lov et ain­si de suite). Et tout à coup – un peu plus de six mois s’écoulent, la révo­lu­tion d’octobre com­mence et la situa­tion change radi­ca­le­ment. C’est même incroyable de voir com­ment cela est deve­nu pos­sible. Je pense que cela n’aurait pas été pos­sible sans le sou­tien de puis­sances supé­rieures dans une cer­taine mesure. Cepen­dant, les forces supé­rieures sont bonnes, mais sans le pro­fes­sion­na­lisme de déta­che­ments spé­ciaux spé­ci­fiques qui, en octobre 1917, sai­sis­saient du cour­rier, du télé­graphe, des gares et des ponts, rien ne serait arri­vé non plus. Si beau­coup de sang avait com­men­cé à cou­ler et que tout s’était trans­for­mé en affron­te­ments sérieux, le scé­na­rio aurait été com­plè­te­ment dif­fé­rent. Mais le cal­cul par­fait a fonc­tion­né, ce qui a per­mis d’obtenir des résul­tats com­plets avec un mini­mum de pertes. Le pays, du moins, s’est enga­gé sur la voie d’un déve­lop­pe­ment plus posi­tif que celui que les francs-maçons lui ont pré­pa­ré.

Per­met­tez-moi de vous rap­pe­ler que les masses – décem­bristes avaient pré­vu de divi­ser la Rus­sie en 15 par­ties et que leurs plans n’ont été par­tiel­le­ment réa­li­sés qu’en 1991. Ce plan n’a pas encore été annu­lé : les maçons exercent leurs acti­vi­tés pen­dant de longues périodes et conti­nuent de plier leur ligne. Mais je crois que, contrai­re­ment à eux, une élite mon­diale patrio­tique d’État est née, qui ne fonc­tionne pas tou­jours en mode ouvert. Et Sta­line était le pro­jet de cette élite.

 » Lorsque les Bri­tan­niques ont com­pris que de puis­santes forces incon­nues jouaient contre eux en la per­sonne de Lénine, ils ont orga­ni­sé une ten­ta­tive d’assassinat le 30 août 1918 »

 LENINA A ÉTÉ OFFERT LE RÔLE DU LEADER, PREMIÈRE PERSONNE. SI CELA NE SUIT PAS, nous vous le ferons savoir.

- La pre­mière ten­ta­tive de ren­ver­se­ment du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire a été faite en juillet 1917.Après la défaite du dis­cours bol­che­vique qui, en pas­sant, s’est ter­mi­né par un grave bain de sang (envi­ron 400 per­sonnes auraient péri à Petro­grad), Lénine et d’autres bol­che­viks influents se sont enfuis en Fin­lande. Il se trouve que de juillet à octobre du 17, Sta­line reste au foyer du par­ti ?

- Oui, mais n’oublions pas Dzerz­hins­ky, dont j’ai déjà par­lé du rôle. En fait, Sta­line était res­pon­sable de tout, mais si nous regar­dons toute sa vie anté­rieure, nous com­pren­drons que prendre du cour­rier, du télé­graphe, etc., n’est pas du tout son pro­fil. Ici, vous pou­vez lire le rôle clé du géné­ral Pota­pov et d’autres repré­sen­tants moins impor­tants du ren­sei­gne­ment mili­taire ( selon les don­nées offi­cielles, le géné­ral Pota­pov a lui-même offert ses ser­vices aux bol­che­viks bien avant le mois d’octobre par l’intermédiaire de son ami de la jeu­nesse, Mikhail Kedrov , membre du RSDLP ). Pota­pov, Sta­line et Dzer­jins­ki ont déter­mi­né le dérou­le­ment des prin­ci­paux évé­ne­ments d’octobre 1917, mais les orga­ni­sa­teurs du coup d’État ont eu la sagesse de ne pas mettre Joseph Vis­sa­rio­no­vich au pre­mier plan. Je pense que c’était juste. À cette époque, les forces exté­rieures étaient encore extrê­me­ment fortes et Lénine devait jouer le rôle d’une figure inter­mé­diaire de la tran­si­tion. Il l’a trai­tée par­fai­te­ment.

- Lénine était-il au cou­rant de son rôle ou a-t-il, comme on dit, uti­li­sé « dans le noir » ?

- Je crois qu’il n’était pas tota­le­ment dévoué. La roue des évé­ne­ments, lan­cée à l’hiver 1917, semble lui don­ner l’occasion de quit­ter le match. En Suisse, il n’est ren­tré en Rus­sie qu’en avril et, envi­ron un mois plus tard, Trots­ky est arri­vé. Lev Davy­do­vich a été reti­ré de l’Amérique par les Bri­tan­niques, après l’avoir déjà recru­té. Il était pour eux une sorte de solu­tion de rechange si Kerens­ky avait sou­dai­ne­ment un pro­blème. Dans ce cas, la Rus­sie révo­lu­tion­naire, selon les Bri­tan­niques, devait être diri­gée par Trots­ky. En liai­son avec ces forces patrio­tiques, Lénine fut choi­si comme contre-pro­jet, car Sta­line n’était pas encore un polé­miste bien connu et n’était pas consi­dé­ré comme un lea­der idéo­lo­gique. Vla­di­mir Ilitch était néces­saire pour contre­ba­lan­cer l’agent MI-6 de Trots­ky.

Lorsque les Bri­tan­niques réa­li­sèrent que de puis­santes forces incon­nues jouaient contre eux en la per­sonne de Lénine, ils orga­ni­sèrent une ten­ta­tive d’assassinat le 30 août 1918. Mais même cela leur a pris du temps. Ils étaient aba­sour­dis en octobre et ne com­pre­naient pas qui était le véri­table orga­ni­sa­teur de ce pro­ces­sus. Et ensuite, ils lancent plu­sieurs contre-attaques : au prin­temps, le sou­lè­ve­ment du Corps tché­co­slo­vaque com­mence, puis presque simul­ta­né­ment : « l’affaire Lock­card » et le plan de Fan­ny Kaplan. Sta­line était tou­jours dans l’ombre à ce moment-là, alors ils ne l’ont pas frap­pé.

- On sait qu’en octobre 1917, une grande par­tie des bol­che­viks diri­gés par Kame­nev et Zino­viev étaient contre le coup d’Etat, affir­mant que la révo­lu­tion bour­geoise ne s’était pas encore épui­sée et que les com­mu­nistes n’avaient rien à faire au sein du gou­ver­ne­ment. Et seule Lénine a pra­ti­que­ment for­cé les bol­che­viks à prendre le pou­voir.

- Oui, dans ce contexte, le rôle posi­tif de Lénine est dif­fi­cile à nier. Sur­tout qu’il pou­vait, rela­ti­ve­ment par­lant, aller dans les buis­sons, et qu’il a eu une telle oppor­tu­ni­té jusqu’au der­nier moment. Je pense qu’on lui a offert le rôle de lea­der, le pre­mier homme. Et au cas où ils ne réus­si­raient pas … « Nous vous ferons sor­tir de Pétro­grad », pour­raient-ils l’assurer.Dans la nuit du 24 octobre, l’Aurora était non seule­ment sta­tion­née sur les digues de Petro­grad, qui se trou­vaient au pont Nicho­las, mais il y avait aus­si des navires de la flotte balte : deux mon­nayeurs, Amur et Kho­per, le yacht Zar­nit­sa, le navire-école Ver­ny et le cui­ras­sé. « Dawn of Free­dom », à bord duquel se trou­vaient envi­ron 3 000 marins. C’étaient les issues de secours en cas d’échec. Dans le cas de la chance, « vous deve­nez le chef du gou­ver­ne­ment sovié­tique ».Une façon ou à peu près pour­rait dire Lénine. Et Vla­di­mir Ilitch a pris la ferme déci­sion poli­tique de prendre ce risque en col­la­bo­ra­tion avec Sta­line. Cela mérite aus­si le res­pect.

- Si vous vous en tenez à votre ver­sion, com­ment le major géné­ral Pota­pov a-t-il réus­si à éta­blir le contact avec Sta­line ? Seule­ment parce que le futur diri­geant des peuples était peut-être le fils de Prz­he­vals­ky ? Ou bien Joseph Vis­sa­rio­no­vich avait-il de l’expérience dans la police secrète tsa­riste, comme l’ont écrit à maintes reprises les his­to­riens libé­raux ?

- Tout d’abord, exa­mi­nons l’identité de Niko­lai Pota­pov. C’est un brillant offi­cier du ren­sei­gne­ment qui était offi­cier du ren­sei­gne­ment mili­taire en Corée pen­dant la guerre rus­so-japo­naise. Il était agent mili­taire adjoint à Vienne, puis rési­dait au Mon­té­né­gro et assis­tait en fait à deux théâtres d’opérations mili­taires – en Asie, en Europe et dans les Bal­kans. Je pense qu’à un moment don­né, des per­sonnes (peut-être le maré­chal géné­ral, le comte Dmi­try Milyu­tin ou une autre per­sonne) ont ame­né Pota­pov à Sta­line. Je sup­pose que cela s’est pas­sé sur le ter­ri­toire de l’Abkhazie et que ce n’est pas pour rien que la rési­dence d’été bien-aimée de Sta­line s’y trou­vait par la suite.

- Et quand cela pour­rait-il arri­ver ?

- Je pense que dans les années 1910–1917, en par­ti­cu­lier depuis le début de la guerre de 1914. Lorsque les Bri­tan­niques ont réus­si à entraî­ner l’empire russe dans un conflit impé­ria­liste mon­dial, il est deve­nu évident que les évé­ne­ments com­men­çaient à se déve­lop­per dans une direc­tion de crise, y com­pris sur le front poli­tique inté­rieur. Très pro­ba­ble­ment, c’est pen­dant cette période que le scé­na­rio de sau­ve­garde a com­men­cé à être acti­ve­ment mis au point en cas de chute de l’empire. Car tout est res­té moins de trois ans.

- Et qui par­mi les géné­raux royaux, à l’exception de Pota­pov, pour­rait par­ti­ci­per à la conspi­ra­tion patrio­tique de 1917 ? Vous avez men­tion­né Igna­tieff, mais il s’agit d’un niveau très éle­vé. Qui d’autre ?

- Ils appellent les géné­raux Alexan­der Ver­khovs­ky (le ministre de la Guerre du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire, l’Armée rouge Kom­brig, abat­tu en 1938 – ndlr ), Mikhail Bonch-Bruye­vich (le futur com­man­dant de divi­sion sovié­tique décé­dé en 1956 – ndlr ), Alexey Mani­kovs­ky (il fut arrê­té au Palais d’Hiver, avec les ministres du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire, mais presque aus­si­tôt libé­ré, est deve­nu le chef du dépar­te­ment des appro­vi­sion­ne­ments cen­traux de l’Armée rouge et a diri­gé l’académie de l’armée, décé­dé en 1920 (mot du rédac­teur en chef ), Vla­di­mir Che­re­mi­sov ( émi­gré, décé­dé en France après 1937 – envi­ron pcs.) et ain­si de suite. N’oublions pas que la plu­part Pota­pov avait deux frères.

Ou rap­pe­lez-vous Kons­tan­tin Glo­ba­chev, res­pon­sable du dépar­te­ment de la sécu­ri­té à Pétro­grad. En jan­vier 1917, il s’adressa au ministre de l’Intérieur, Alexan­der Pro­to­po­pov, avec un rap­port secret et exi­geait l’arrestation de presque tous les futurs membres du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire. « Le moment poli­tique res­semble à la veille de 1905 », déclare Glo­ba­chev. Qu’est-ce que cela indique ? Le fait que la contre-intel­li­gence avait une image com­plète de ce qui se pas­sait. Après tout, quel est le poste de res­pon­sable du dépar­te­ment de la sécu­ri­té ? En termes modernes, il s’agit du chef du contre-espion­nage. C’est un homme dans les mains duquel, même un mois avant la révo­lu­tion de février, il y avait tous les fils et tous les noms des conspi­ra­teurs ! Mais ils ne l’ont pas écou­té. Et puis il y a un coup d’Etat.Com­ment Glo­ba­chev doit-il agir après cela ? Je pense qu’en tant qu’officier patrio­tique, il pour­rait bien contri­buer à la lutte contre les francs-maçons, mais il a très pro­ba­ble­ment été empê­ché d’emprisonner les « Crosses » (le chef de la police secrète de Saint-Péters­bourg n’a été relâ­ché que peu de temps avant les évé­ne­ments d’octobre - éd.). En exil, Glo­ba­chev a publié un livre, La véri­té sur la révo­lu­tion russe, dans lequel il a indi­qué qu’il était prêt à arrê­ter Kerens­ky en 1915, mais qu’il n’était pas auto­ri­sé à le faire.

C’est-à-dire qu’en Rus­sie, peu de temps avant la révo­lu­tion, un champ patrio­tique s’est for­mé, un cer­tain cercle d’états, qui agis­sait par­fois de concert et par­fois pas. Mais il a don­né son effet de syner­gie, qui a conduit à Octobre.

 LA FAMILLE FONCTIONNEMENT DE LACONFIANCEDE POTAPOV A ACHETÉ LE MOUVEMENT BLANC DE MASONA

« Mais les géné­raux, même s’ils ont conçu un coup d’Etat à l’automne 1917, pour­raient dif­fi­ci­le­ment prendre le pou­voir entre leurs mains. » Rap­pe­lons-nous quelle était alors l’attitude de l’écrasante majo­ri­té de la socié­té envers les plus grands géné­raux. Et ensuite, ils ont déci­dé de trans­fé­rer le pou­voir aux bol­che­viks ?

- Ils venaient de la réa­li­té exis­tante. Pas du fait qu’ils doivent créer, en termes rela­tifs, le par­ti « Grande Rus­sie » et lui remettre solen­nel­le­ment les rênes du gou­ver­ne­ment. Il n’y avait tout sim­ple­ment pas de temps pour ça. L’intelligence a clai­re­ment com­pris les plans exté­rieurs de nos adver­saires et les algo­rithmes de leurs actions. Le tir était cen­sé être un et immé­dia­te­ment dans le top dix – il n’y avait pas d’autres options. La seule force indé­pen­dante en Rus­sie res­tait les bol­che­viks et leur IIe Congrès des Soviets, qui pour­raient être trans­fé­rés au pou­voir avec sa légi­ti­ma­tion ulté­rieure.Les construc­tions idéo­lo­giques des bol­che­viks et leurs slo­gans poli­tiques n’ont pas un peu inquié­té les com­bat­tants contre les francs-maçons. C’était le seul moyen de sau­ver le pays du chaos et de l’effondrement.

- Et les conspi­ra­teurs n’allaient pas finir avec les bol­che­viks, dès qu’ils joue­raient leur rôle ?

- Rap­pe­lons qu’au début de 1917, le RSDLP ne comp­tait que 24 000 membres. Un par­ti de socia­listes-révo­lu­tion­naires comp­tait, par exemple, un mil­lion de per­sonnes. En fait, c’est les géné­raux qui ont fait des bol­che­viks les bol­che­viks, c’est-à-dire le véri­table par­ti majo­ri­taire. Ils leur ont don­né une impul­sion orga­ni­sa­tion­nelle et ont aidé à trans­for­mer une orga­ni­sa­tion naine en une force direc­trice. Au cours des évé­ne­ments ulté­rieurs, une par­tie des géné­raux fut inté­grée aux struc­tures de l’État sovié­tique et une par­tie émi­grée. N’oubliez pas qu’après octobre la lutte n’était pas finie – il y avait tou­jours un conflit avec Trots­ky, qui sym­bo­li­sait un pro­jet com­plè­te­ment dif­fé­rent. Les idées de la « Bri­gade sacrée » étaient proches de l’approche monarque-ortho­doxe et ne pou­vaient qu’entrer en contra­dic­tion idéo­lo­gique avec le prin­cipe de l’internationalisme pro­lé­ta­rien. Mais c’était déjà une tâche secon­daire : la pre­mière tâche était de sau­ver le pays de l’effondrement, ce qui, en prin­cipe, était pos­sible.

Le des­tin des géné­raux est connu. Alexei Igna­tiev a ser­vi l’URSS jusqu’en 1947, après quoi il a vécu une retraite bien méri­tée pen­dant plus de sept ans. Niko­laï Pota­pov prend sa retraite en 1938 avec le rang de com­man­dant de bri­gade et décède en 1946. C’est-à-dire que ces per­sonnes sont plus ou moins inté­grées : quelqu’un est ouvert et quelqu’un se trouve dans la struc­ture de struc­tures fer­mées qui vont per­son­nel­le­ment à Sta­line. D’autres ne pou­vaient pas s’intégrer – le même Glo­ba­chev s’est exi­lé, mais n’est pas deve­nu un adver­saire du pou­voir sovié­tique. Mais ils ont tous rem­pli leur tâche : l’État a été sau­vé de la dés­in­té­gra­tion com­plète et ras­sem­blé sous un seul com­man­de­ment sous la forme de l’Union sovié­tique.

À pro­pos, n’oublions pas que c’est Pota­pov qui a diri­gé avec brio la célèbre opé­ra­tion « Trust ». Je pense que c’était en fait une opé­ra­tion conjointe de Pota­pov et de Sta­line, bien que per­sonne n’ait annu­lé la par­ti­ci­pa­tion d’Artur Artu­zov (l” un des fon­da­teurs du ren­sei­gne­ment et du contre-espion­nage sovié­tiques - éd.) . Ain­si, le mou­ve­ment blanc maçon­nique a été arrê­té, au moins sur les lignes exté­rieures. Je pense que les démarches des ser­vices de ren­sei­gne­ments étran­gers russes et leurs tra­vaux de 1905–1910 ont joué ici leur rôle. D’autant que l’arène prin­ci­pale de l’opération était Paris.

- Puis, en URSS, ils ont réus­si à se reti­rer non seule­ment de Syd­ney Reilly ou de Vasi­ly Shul­gin, mais éga­le­ment de Boris Savin­kov (lors de l’opération Syn­di­cate-2).

- Oui, Savin­kov a été entraî­né dans l’Union sovié­tique en tant que diri­geant le plus actif de l’émigration blanche, qui était enfer­mée par de très nom­breux cou­rants et forces anti-éta­tiques. En prin­cipe, Boris Savin­kov peut être consi­dé­ré comme le pro­jet numé­ro 2 après Trots­ky – à la dif­fé­rence que Lev Davy­do­vich a mené ses acti­vi­tés à l’intérieur, et Boris Vik­to­ro­vich – de l’extérieur. Par consé­quent, ces opé­ra­tions « Trust » et « Syn­di­cate » n’ont pas d’analogues. Il est peu pro­bable qu’ils puissent for­mer de nou­veaux arri­vants par­mi les offi­ciers de sécu­ri­té sovié­tiques. Ici se res­sent la main expé­ri­men­tée de Pota­pov.

- Selon vous, Savin­kov s’est-il sui­ci­dé en se jetant par la fenêtre ou a-t-il été éli­mi­né ? J’ai lu qu’au cours des der­nières minutes, un che­kiste au nom amu­sant, Syroezh­kin, était sus­pen­du aux pieds de Savin­kov (un gent­le­man de l’Ordre de la ban­nière rouge serait tué en 1940 , ndlr). Mais, ne pou­vant le gar­der, il s’écroula dans la cour.

- C’est dif­fi­cile à dire ici. Les deux sont pos­sibles. Com­prendre que vous avez été dupé et rejoué est un stress psy­cho­lo­gique grave. Savin­kov était une forte per­son­na­li­té, un ter­ro­riste expé­ri­men­té et un orga­ni­sa­teur habile, mais il a per­du concep­tuel­le­ment, ce qui est au moins un motif psy­cho­lo­gique de se sui­ci­der.

- Mais main­te­nant, Jacob Sla­schov a trou­vé la force de retour­ner en Rus­sie sovié­tique et a même ensei­gné pour le com­man­de­ment rouge.

- Oui, et a été abat­tu en 1929 par un cadet de l’école d’infanterie de Mos­cou, Lazar Kolen­berg. Mais je pense que la mort de Jacob Sla­sh­chev a éga­le­ment été un moment de lutte entre deux grands pro­jets, que j’ai men­tion­nés ci-des­sus. Cela res­semble beau­coup à l’opération trots­kyste. Sla­sh­chev-Krym­sky était un mili­taire talen­tueux qui s’est ren­du compte que le pro­jet rouge sta­li­nien tra­vaillait dans l’intérêt de la Patrie. Il est retour­né en URSS et a for­mé le per­son­nel de com­man­de­ment avec beau­coup de pro­fes­sion­na­lisme, ce qui était très impor­tant pour la pré­pa­ra­tion d’une guerre future. Nous avons une telle per­sonne qui connaît les sub­ti­li­tés des affaires mili­taires et a une expé­rience euro­péenne qui a été béné­fique pour les diri­geants sovié­tiques. Ceux qui ont tiré sur Sla­schov doivent pro­ba­ble­ment encore com­prendre, mais le fait que l’ordre de tuer vienne des trots­kistes est presque évident pour moi.

 » Si la lutte contre Trots­ky n’avait pas duré pen­dant une décen­nie, nous aurions été beau­coup plus prêts pour la Grande Guerre patrio­tique. »

Sta­line a écrit à sa mère dans une lettre : « Vivez 10 000 ans, chère maman ! »

- Plu­sieurs des géné­raux que vous avez men­tion­nés comme conspi­ra­teurs ont par­ti­ci­pé à la créa­tion de l’Armée rouge.

- Oui, ils ont en effet créé l’Armée rouge, ils ont signé la paix de Brest ( pro­po­sée par le géné­ral Ver­khovs­ky aux membres du gou­ver­ne­ment pro­vi­soire le 18 octobre 1917ed. ). Après le triste sou­ve­nir de l’ordre n ° 1 publié par les francs-maçons et affir­mant l’élection des postes de com­man­de­ment dans les forces armées, l’armée russe a été détruite, les tran­chées étaient vides et des déser­teurs dis­per­sés dans tout le pays. En sub­stance, l’armée a ces­sé d’exister et la Rus­sie a été mena­cée par une inter­ven­tion exté­rieure. Par consé­quent, une nou­velle armée rouge a été créée, dont la charte a d’ailleurs été éla­bo­rée par le géné­ral Dmi­try Pars­ky ( décé­dé de la typhoïde en 1921 – ndlr ). En 1905, il est déta­ché auprès du quar­tier géné­ral prin­ci­pal et pré­pare une note à l’intention de Nico­las II sur la néces­si­té de réfor­mer l’armée et de modi­fier la charte.Inci­dem­ment, j’ai per­son­nel­le­ment lu la réso­lu­tion de l’empereur sur un mémo­ran­dum de Pars­ky : « C’est très alpha­bète. Lais­sez-le aller en tant que com­man­dant de régi­ment en Sibé­rie. Il y est allé, mais la guerre a com­men­cé, avance Dmi­try Pav­lo­vich, est deve­nu com­man­dant du corps, puis de l’armée. Bonch-Bruye­vich a lais­sé ses mémoires sur une conver­sa­tion avec Pars­ky après la révo­lu­tion – le livre a été publié en 1963 et je ne l’ai plus jamais revu. Dmi­try Pav­lo­vich a décla­ré qu’il n’était nul­le­ment der­rière les bol­che­viks inter­na­tio­na­listes. « Mais vous êtes pour la Rus­sie ? » Lui deman­da Bonch-Bruye­vich. Il a répon­du : « Je suis pour la Rus­sie. Et que dois-je faire ? « Bonch-Brue­vich : » Nous devons arrê­ter les Alle­mands.  » Et Pars­ky, sur la base des pro­po­si­tions qu’il ren­voya au roi, pré­pa­ra une charte de l’armée rouge. Ses idées sont éga­le­ment deve­nues la base de nom­breux règle­ments de l’armée.

- La lutte contre le pro­jet Trots­ky a-t-elle été menée jusqu’au départ même de Lev Davy­do­vich de l’URSS ? En effet, en 1924, Trots­ky était consi­dé­ré comme l’un des suc­ces­seurs les plus pro­bables de Lénine. Rap­pe­lez-vous la « lettre au congrès » léni­niste …

- Oui, presque jusqu’en 1929, avant l’expulsion de Trots­ky. Cela com­pre­nait la mort de Mikhail Frunze en 1925, qui sou­te­nait Sta­line, et bien plus encore. Les Bri­tan­niques ont essayé de défendre ce pro­jet et d’amener le diri­geant de la « révo­lu­tion per­ma­nente » à la direc­tion de la pre­mière per­sonne – d’où la ten­ta­tive sur Lénine, lorsque Trots­ky est deve­nu pré­sident du Conseil mili­taire révo­lu­tion­naire, mais Vla­di­mir Ilitch a sur­vé­cu. Ce n’est qu’en 1927 que Trots­ky-Bron­stein fut fina­le­ment évin­cé du champ poli­tique sovié­tique. C’est une dure lutte poli­tique inté­rieure avec lui qui a duré envi­ron 10 ans. Je pense que la mort de Dzer­jins­ki en 1926 – un homme qui a tou­jours sou­te­nu Sta­line depuis 1917 – peut être repla­cée dans le même contexte. Mais Felix Edmun­do­vich et sa che­ka ont réus­si à jouer un rôle impor­tant dans la défaite de la « conspi­ra­tion des ambas­sa­deurs », etc.

Si la lutte contre Trots­ky n’avait pas été retar­dée pen­dant une décen­nie, nous aurions été beau­coup plus prêts pour la Grande Guerre patrio­tique. Cepen­dant, l’industrialisation de Sta­line n’a com­men­cé qu’en 1930, lorsque l’affrontement de Joseph Vis­sa­rio­no­vich avec son adver­saire le plus dan­ge­reux à l’époque s’est fina­le­ment ter­mi­né. Les Bri­tan­niques de ce temps-là ont com­men­cé à pré­pa­rer Adolph Hit­ler, qui aurait dû être por­té au pou­voir, puis envoyé l’Allemagne contre l’URSS, pour nous empoi­son­ner. Mais Trots­ky et tout son groupe ont ten­té par tous les moyens de ralen­tir le déve­lop­pe­ment de l’Armée rouge et de l’industrie sovié­tique.

- Le seul et le plus impor­tant témoin du secret de la nais­sance de Sta­line a été sa mère, Eka­te­ri­na Geladze.Lorsque Joseph Vis­sa­rio­no­vich la ren­con­tra en 1935 et lui dit qu’il était désor­mais « comme un roi », elle lui répon­dit : « Tu ferais mieux de deve­nir prêtre ».

- Cette phrase de la mère, qui est deve­nue vrai­ment très lar­ge­ment connue, carac­té­rise Sta­line comme un chef spi­ri­tuel. Un prêtre est un syno­nyme pour une per­sonne spi­ri­tuelle, un ber­ger. Seule une telle per­sonne pour­rait, dans les condi­tions les plus dif­fi­ciles, sor­tir le pays du gouffre dans lequel elle a été pous­sée en février 1917. À pro­pos de Nico­las II, ils écrivent géné­ra­le­ment beau­coup de choses néga­tives, mais n’oublions pas qu’avec lui la popu­la­tion du pays a aug­men­té de 60 mil­lions, l’industrie a pro­gres­sé, repré­sen­tant 4% de la pro­duc­tion mon­diale et les champs pétro­liers repré­sen­tant la moi­tié de la pro­duc­tion mon­diale. C’est-à-dire que tout n’était pas mau­vais. Quinze ans après la révo­lu­tion, l’industrie sovié­tique pou­vait se van­ter de 10% de la pro­duc­tion mon­diale : la crois­sance a été mul­ti­pliée par 2,5. De 1931 à 41, le PIB a tri­plé. Aujourd’hui, même les Chi­nois ne peuvent obte­nir des résul­tats simi­laires. Le pays a rem­por­té la Grande Guerre patrio­tique et a fait une sor­tie dans l’espace.

A pro­pos, quand je tra­vaillais comme atta­ché de presse pour Ros­cos­mos, des anciens com­bat­tants locaux qui se sou­viennent de la reine (ils ne sont plus en vie), ain­si que le mis­sile Fau (le pre­mier mis­sile balis­tique au monde adop­té par la Wehr­macht à la fin de la guerre) – Ed. ) Des détails sovié­tiques. Sur ordre de Sta­line, il l’a fait en un an seule­ment ! La sub­sti­tu­tion des impor­ta­tions sovié­tiques a été réa­li­sée à un rythme vrai­ment accé­lé­ré ! Telle était la puis­sance tech­no­lo­gique de l’industrie sovié­tique. Et puis nous avons fabri­qué notre propre mis­sile balis­tique. Jusqu’à pré­sent, la Rus­sie vivait aux dépens de la réserve sta­li­nienne créée au cours de ces années. Quant à la mère, Sta­line lui a écrit dans des lettres : « Vivez 10 mille ans, chère mère !